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Colloque sur l’investissement responsable

Le tiers des actifs canadiens sont «responsables»

Martine Turenne | Argent

 - Agence QMI

Évasion fiscale, salaire des dirigeants, pollution, respect des droits des travailleurs... Les grandes entreprises ne peuvent plus faire ce qu’elles veulent. De plus en plus, elles sont sous la loupe des investisseurs institutionnels, grâce à la popularité grandissante des fonds éthiques.

Plus du tiers des actifs canadiens sont sous gestion responsable, et 11 % des Québécois détiennent un fonds dit éthique, ou responsable, en 2016, contre seulement 4 % il y a huit ans.

«Il y a de plus en plus d’acteurs impliqués et de citoyens intéressés», a expliqué Rosalie Vendette, conseillère principale, Investissement responsable au Mouvement Desjardins, qui œuvre dans le secteur depuis 13 ans.

Elle participait au colloque québécois sur l’investissement responsable qui réunissait quelque 300 investisseurs institutionnels et privés, à Montréal.

Les actifs ont sans doute dépassé le tiers, puisque ce chiffre, le dernier disponible, date de 2014.

La notoriété des Fonds ESG (environnement, social et gouvernance) a grimpé à 46 % au Québec, selon un sondage de Desjardins, et plus les gens les connaissent, plus ils souhaitent y investir, note Mme Vendette. «Mais plusieurs investisseurs ont encore des perceptions erronées de ces fonds, les croyant, à tort, peu performants, a-t-elle indiqué. Mais ça n’est pas le cas.»

Les rendements sont similaires aux fonds «ordinaires», tout simplement parce que le portefeuille d’actifs y est tout aussi similaire: il inclut des entreprises minières ou pétrolières, pourtant régulièrement mises au banc des accusés. Ce n’est pas là que les Fonds éthiques font une différence, selon Rosalie Vendette. C’est plutôt «dans la discussion engagée ».

La stratégie des grands investisseurs institutionnels n’est pas de désinvestir des secteurs de l’économie, ou de boycotter certaines entreprises, mais de parler avec elles.

«Le désinvestissement n’est pas une option efficace, et on ne le prône, a souligné Rosalie Vendette. Les gens croient que ça va faire mal à l’entreprise, mais ça ne marche pas comme ça. Ça ne va pas réduire les émissions de carbone.» Mais le dialogue, peut-être. «On profite du fait qu’on est actionnaire d’une entreprise pour discuter de questions sur lesquelles on a des doutes. On agit comme des actionnaires responsables.»

Même son de cloche du côté des grands investisseurs institutionnels que sont la Caisse de dépôt et placement du Québec ou son pendant de la Colombie-Britannique, bcIMC, présents au colloque.

«On parle avec les compagnies et on intervient, notamment dans la rémunération des dirigeants», a dit Anne-Marie Gagnon, analyste, intégration des ESG chez bcIMC.

«On est partenaire des entreprises, pas contre elles», estime de son côté Ginette Depelteau, vice-présidente principale, Conformité et investissement responsable, à la Caisse. «On est dans un processus de collaboration, pas de confrontation. Collectivement, on peut faire changer des choses.»

Pour tous les nouveaux investissements de la Caisse de dépôt, dit-elle, un profil est systématiquement intégré dans l’analyse.

Le dialogue ne se fait pas publiquement, sauf dans le cas très médiatisé de Barrick, note Mme Depelteau.

En mai 2015, l’annonce d’une augmentation substantielle du salaire des dirigeants avaient suscité un tollé chez les actionnaires, notamment institutionnels. «Le message a été reçu cinq sur cinq», avait alors dit le président de Barrick, John Thornton.

Les Barrick sont rares, dit Ginette Depelteau. Mais les conversations parfois musclées, et moins publiques, se font de plus en plus régulièrement.

Les entreprises s’y sont habituées.

«Il y a quelques années, quand on contactait une entreprise, elle ne répondait pas nécessairement, a mentionné Rosalie Vendette. Maintenant elle le fait. Et ça rassure les dirigeants lorsqu’ils voient qu’ils ont le soutien des actionnaires.»

Armes et cigarettes

Si les compagnies pétrolières et les minières sont toujours présentes dans les portefeuilles éthiques, c’est moins le cas des tabatières et surtout, des entreprises d’armements. «Plusieurs fonds ont adopté des filtres d’exclusion», a expliqué Rosalie Vendette.

Mais il n’y a un véritable consensus que sur la prohibition de deux «produits»: les mines anti-personnelles et les bombes à sous-munitions.

«Les entreprises qui les produisent sont désormais isolées», dit Mme Vendette.

Pour le reste, la patience est de mise. «C’est le phénomène des petits pas. C’est une démarche de longue haleine. Mais de plus en plus, on a l’impression de faire une différence avec les fonds éthiques.»

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