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Procès de l'ex-juge Delisle

Un expert ontarien conteste les conclusions de la Couronne

Kathryne Lamontagne | Journal de Québec

L’expert ontarien mandaté dans le dossier de Jacques Delisle est catégorique: le pathologiste de la poursuite a négligé son travail lors de l’autopsie et est parvenu à des conclusions erronées.

L’audition de la requête sur remise en liberté de l’ex-juge de 81 ans, qui affirme être condamné à tort pour le meurtre prémédité de son épouse, a repris mercredi. Poursuivant son témoignage, le pathologiste judiciaire Michael James Shkrum n’a pas été tendre envers l’expert de la Couronne, allant jusqu’à remettre en question certaines de ses déclarations dans cette affaire.

Ainsi le témoin doute que le Dr André Bourgault ait effectué des tranches du cerveau de la défunte lors de l’autopsie afin de déterminer la trajectoire de la balle, tel qu’il l’affirme. À la lecture des notes, du rapport d’autopsie et du témoignage du pathologiste montréalais lors du procès en 2012, rien ne laisse croire qu’il aurait effectué un tel travail, juge le témoin.

«Ce n’était pas clair, quant à moi», a-t-il déclaré, avant de remettre en question la façon dont le Dr Bourgault s’y serait pris pour déterminer la trajectoire. Le témoin estime qu’il aurait été préférable de fixer le cerveau dans le formol - afin de faciliter le travail, le cerveau «ramollissant» après le décès - et d’en faire des tranches. Rien de tout cela n’aurait été accompli.

Trajectoire

La poursuite a conclu que la balle est entrée à la tempe gauche de la défunte, pour se diriger directement vers l’arrière de la tête, à droite. Si cette thèse était véridique, des fractures se trouveraient un peu partout le long de ce tracé ainsi qu’au point d’arrivée, ce qui n’est pas le cas, poursuit le Dr Shkrum.

L’expert ontarien soutient plutôt que la balle serait entrée à la tempe gauche, avant de ricocher à l’intérieur du crâne, à droite et débouler à l’arrière de la tête. Une fracture à la droite du crâne ainsi que des fragments de balle apposés sur cette dernière confirmeraient cette thèse, affirme-t-il.

Le pathologiste montréalais attribue ces fractures à la pression des gaz et à la force de l’impact lorsque la balle est entrée dans la tête. Il estime que les fragments de balle qui se trouvent à proximité ont simplement dévié de la trajectoire qu’il a déterminée.

Rien pour convaincre le témoin, qui assure que les fragments se trouvent généralement le long de la trajectoire de la balle. Ce faisant, le tracé émis par la Couronne ne tient pas. Il est invraisemblable que ces fragments aient dévié de la trajectoire et se soient frayé un chemin dans le cerveau, étant donné le faible calibre de l’arme, un pistolet de calibre 22.

Le témoignage du Dr Shkrum, directeur régional du service de pathologie au London Health Sciences Centre et directeur du Southwestern Ontario Regional Forensic Pathology Unit, s’est poursuivi en après-midi.

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