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Théâtre

La vie de rêve selon Marie-Chantal Perron

Kim Nunès | Agence QMI

Sébastien St-Jean / Agence QMI

C’est avec le sourire que Marie-Chantal Perron, pétillante et lumineuse, nous a parlé de la pièce dans laquelle elle joue actuellement: «La liste de mes envies».

Elle y incarne une femme qui gagne à la loterie. Généreuse à souhait, elle nous a aussi entretenus de plusieurs sujets tabous, dont la vieillesse, la chirurgie esthétique et l’argent. Rencontre avec une femme qui croque dans la vie avec bonheur.Marie-Chantal, vous jouez dans «La liste de mes envies» au Théâtre du Rideau Vert. Racontez-nous l’origine de votre collaboration à ce projet.

Le projet a pris naissance il y a trois ans, alors que j’étais à «Tout le monde en parle» en même temps que l’auteur Grégoire Delacourt, qui a écrit en 2012 le roman «La Liste de mes envies», devenu un best-seller. J’ai lu le livre, qui raconte l’histoire d’une femme de 47 ans, une modeste mercière tenant une boutique de boutons, de dentelles et de rubans, qui remporte le gros lot. Elle se demande si elle a vraiment envie de ça!Mais qu’est-ce qui la fait hésiter?

Plusieurs choses! Elle demande aux personnes de son entourage ce qu’elles feraient avec cet argent et elle réalise que peu de gens sauraient quoi faire avec une telle somme. L’argent, c’est un pouvoir, mais c’est aussi un handicap: ça fait des jaloux. Donc Jocelyne, mon personnage, se demande si oui ou non elle encaissera la somme!Si on vous donnait la chance d’avoir la vie
de vos rêves, quelle serait-elle?


Elle ressemblerait beaucoup à la vie que j’ai: je suis en santé, j’aime le métier que je fais, je gagne très bien ma vie, j’ai un amoureux et des amis que j’aime, je voyage autant que je le veux. Je me considère comme très chanceuse. Si je gagnais la même somme que Jocelyne, je ferais tout ce que je fais là, mais de façon exponentielle!Après autant d’années de métier,
lorsque vous embrassez un nouveau projet, êtes-vous stressée?

J’ai autant le trac. Mais plutôt que de me demander si je serai bonne, comment ça se passera et quelles seront les critiques, je travaille! C’est ma façon de gérer mon stress.
Les critiques vous touchent-elles encore?

Elles vont toujours me toucher. Personne n’aime se faire écorcher, encore moins publiquement. Puis une critique est souvent l’avis d’une seule personne. Pourtant, elle fait écho comme si c’était plusieurs voix... J’essaie de relativiser les choses, mais c’est difficile, puisqu’on met tout notre cœur dans nos projets. Et quand on te rentre dans le cœur, ça magane.
En 2017, vous célébrerez vos 50 ans. Avez-vous peur de vieillir?

Jusqu’à présent, je trouve que ma vie a été exceptionnelle malgré les hauts et les bas. Et quelque chose d’exceptionnel, ça passe vite! J’ai l’impression qu’hier, j’avais 22 ans. Ce que je souhaite, c’est de vieillir en santé. On est tellement dans le culte de la jeunesse qu’on a peur du mot «vieillesse», du temps qui avance, si bien qu’on s’accroche à des illusions. Pourtant, on ne se le cachera pas: il m’en reste moins en avant qu’il y en a en arrière!On dit que 50 ans est le nouveau 30.

C’est faux: 50, c’est 50! Et c’est fantastique si le passage à 50 ans se fait alors qu’on est en santé comme je le suis: je m’entraîne trois fois par semaine, je travaille et j’ai de l’énergie pour deux. La vieillesse ne me fait pas peur par rapport au corps et à son apparence, mais plutôt par rapport au temps. J’aimerais tellement arrêter le temps!
Il y a deux ans, vous avez avoué avoir eu recours à une intervention chirurgicale mineure, ce qui avait créé plusieurs réactions. Trouvez-vous qu’il est exigeant d’être une femme en 2016?

On est hypocrite comme société. On demande à la femme de rester belle et jolie. On admire celle qui ne vieillit pas, mais quand on apprend qu’elle a eu recours à la chirurgie esthétique, on s’insurge. Je ne suis pas contre la chirurgie esthétique, tant qu’on reste dans le travail de dentelle. Mais quand le résultat fait qu’on ne te reconnaît plus, je trouve ça infiniment triste.Le fait d’être une femme forte et indépendante vous a-t-il déjà causé un préjudice dans vos relations amoureuses?

L’argent est tabou, et encore plus quand il appartient
à une femme. Les gars peuvent facilement se sentir diminués ou moins valorisés par l’argent que gagne une femme et le succès qu’elle remporte. Ce n’est pas parce qu’on est indépendante et qu’on réussit notre vie qu’on n’a pas besoin de notre amoureux. Pour ma part, j’ai un super amoureux qui ne se sent pas menacé par moi. Vous connaissez une brillante carrière.Pourtant, lorsque vous étiez jeune, vous n’aimiez pas l’école. Aujourd’hui, êtes-vous heureuse d’y être restée?

Je souffrais d’être assise dans une classe, mais mes parents m’ont encouragée à aller à l’école. Ils me disaient que ça me permettrait d’être autonome. Ils avaient raison car, avec le recul, je reconnais qu’il est important d’avoir une bonne éducation. Ça mène à la connaissance qui, elle, mène à la liberté.«La liste de mes envies» est à l’affiche au théâtre du Rideau Vert jusqu’au 12 novembre. Billetterie et info: rideauvert.qc.ca. Aussi dans «Unité 9», mardi à 20 h, à radio-canada. Pour info sur ses Projets et ses créations dandine: mariechantalperron.com.