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Cuba

La Havane dit adieu à son «Comandante» Fidel Castro

Agence France-Presse

Plusieurs centaines de milliers de Cubains ont rendu un dernier hommage posthume à Fidel Castro en présence des dirigeants de la gauche latino-américaine et d'Afrique, avant que ses cendres quittent La Havane pour traverser l'île jusqu'à Santiago de Cuba.

Sous le regard du père de la révolution cubaine et du guérilléro argentin «Che» Guevara, dont les portraits géants trônent sur la place de la révolution, la foule a rendu un dernier hommage posthume au «Comandante» lors d'une cérémonie boudée par la plupart des chefs d'État occidentaux, mais aussi par les présidents chinois, iranien et russe, pourtant considérés comme "amis" de Cuba.

«Vive la Révolution!», «Fidel, Fidel!», scandaient des milliers de Cubains de tous âges peu avant le début de la cérémonie vers 19h devant le mémorial du héros de l'indépendance José Marti sur la place de la Révolution, au centre de la capitale.

Lycéens, fonctionnaires, policiers et militaires, beaucoup avaient revêtu l'uniforme pour l'occasion, remplissant cette esplanade emblématique, mais aussi les avenues alentour, noires de monde en début de soirée. Certains brandissaient de petits portraits de Fidel Castro et des fanions cubains.

Olivia Martinez, retraitée de la police de 71 ans, portait aussi l'uniforme. «Cette marée humaine démontre que mon Commandant était très aimé par tout un peuple et que personne ne peut défaire cette révolution», assure-t-elle.

Venue avec sa mère, Sandra Heredia, 11 ans, aura pour une fois le droit de se coucher très tard: «Je suis fière de vivre ce moment dans un endroit aussi historique où Fidel a parlé de nombreuses fois au peuple», se réjouit-elle.

«Aujourd'hui plus unis que jamais, peuple de l'Amérique latine (...) Nous continuerons à lutter pour ces idées, nous en faisons le serment!», a lancé le président équatorien Rafael Correa, premier à s'exprimer parmi les leaders de la gauche latino-américaine présents.

Les présidents vénézuélien Nicolas Maduro, bolivien Evo Morales et nicaraguayen Daniel Ortega étaient également présents, en compagnie des plus hauts dirigeants cubains, dont le président Raul Castro, qui a succédé à son frère aîné en 2006.

En revanche la plupart des dirigeants occidentaux ont décliné l'invitation, à l'exception du premier ministre grec Alexis Tsipras.

Auparavant, des dizaines de milliers de Cubains, souvent en pleurs, avaient comme lundi défilé jusque dans l'après-midi face aux portraits de Fidel, exposés sur cette même place.

Après ces adieux rendus par La Havane, l'urne contenant les cendres du Lider Maximo traversera de mercredi à samedi le millier de kilomètres séparant La Havane de Santiago de Cuba (est), refaisant en sens inverse le chemin parcouru par le jeune Fidel dans sa «caravane de la liberté» lors du lancement de sa révolution en 1959.

Partout sur l'île, ils ont encore été très nombreux mardi à signer des registres pour «jurer» de poursuivre l'héritage socialiste de celui qui a façonné pendant un demi-siècle le destin du pays. Beaucoup ont confié avoir été vivement incités à ne pas manquer à l'appel.

Critiqué par l'ONU et par ses opposants pour des violations des droits de l'Homme, Fidel Castro reste toutefois vénéré par beaucoup de Cubains, qui ont pris la nouvelle de son décès, vendredi à 90 ans, comme un séisme.

«Fidel est un symbole, Fidel est l'Histoire, il a fait l'Histoire», assure Roberto Hernandez Rosabal, 47 ans, parmi les premiers à défiler mardi matin.

Le président américain Barack Obama, pourtant artisan d'un rapprochement historique depuis fin 2014 entre les deux ex-ennemis de la Guerre froide, est absent et n'a pas non plus envoyé de délégation officielle.

De même, les présidents de pays amis, le Russe Vladimir Poutine, le Chinois Xi Jinping et l'Iranien Hassan Rohani, se sont fait représenter par des émissaires de haut rang.

Le chef de l'État colombien Juan Manuel Santos a aussi fait défection, renonçant au voyage au dernier moment.

En revanche, les dirigeants du Zimbabwe Robert Mugabe, de Guinée Equatoriale Teodoro Obiang Nguema et d'Afrique du Sud Jacob Zuma sont présents, de même que l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos et l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder.

La situation diplomatique de l'île communiste reste complexe, comme en témoigne le tweet menaçant du président élu des États-Unis Donald Trump, qui arrêtera le dégel «si Cuba ne veut pas sceller un meilleur accord pour le peuple cubain».

«C'est un grand pas en avant, ce qu'a fait le président Obama, et ce que lui (Trump) ferait, c'est revenir sur tout ça», a réagi à Cuba Elian Gonzalez, Cubain de 22 ans dont le sort avait fait l'objet, lorsqu'il était enfant, d'un bras de fer entre La Havane et Washington.

«Je ne pense pas que tant de personnes pourraient pleurer quelqu'un qui, comme il le dit, est un dictateur», a-t-il déclaré aux journalistes.

Dimanche les cendres de Fidel Castro seront enterrées au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago, qui abrite déjà la tombe de José Marti, scellant la fin du deuil national décrété pour neuf jours, période pendant laquelle les dissidents ont préféré se faire discrets, notamment par crainte de représailles.

Mais ils prévoient de reprendre ensuite leur lutte contre le régime castriste, désormais incarné par le petit frère de Fidel, Raul, 85 ans.

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