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«L'enragé»

Donald Trump nommera le général James Mattis à la Défense

Agence France-Presse

Le prochain président des États-Unis Donald Trump a annoncé jeudi qu'il confierait la tête du Pentagone au général à la retraite James Mattis, militaire au franc-parler et surnommé «l'enragé», lors d'un rassemblement inédit de remerciements pour ses électeurs.

James Mattis était l'un des finalistes pour ce poste crucial de la prochaine administration, alors que Donald Trump a promis d'intensifier la guerre contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie et en Irak, deux théâtres d'opérations que le général Mattis connaît bien.

«L'enragé, il est excellent», a-t-il annoncé en surprenant les milliers de partisans venus le voir à Cincinnati, dans l'Ohio, l'un des États remportés par le milliardaire républicain le 8 novembre dernier.

L'enragé («mad dog») est le surnom de James Mattis, 66 ans, le premier ex-général à devenir secrétaire à la Défense depuis 1950, et que Donald Trump avait déjà crédité de lui avoir fait comprendre que la torture n'était pas efficace. «C'est le meilleur», a-t-il aussi dit en le comparant à l'illustre général de la Seconde Guerre mondiale George Patton.

Le rassemblement, premier d'une tournée de remerciement qui doit l'emmener dans les prochaines semaines dans plusieurs États déterminants dans sa victoire, a ainsi pris un tournant inattendu, au grand plaisir de ses électeurs, qui étaient toutefois moins nombreux et moins bruyants que lors d'une réunion publique électrique au même endroit durant la campagne électorale.

«C'est tout lui», sourit Mary Beth Desch, 59 ans, en s'étonnant d'avoir obtenu directement ce «scoop» sur le prochain chef du Pentagone. «Il va tout le temps nous faire des choses comme ça, et c'est pour cela que je l'aime».

La journée de jeudi était la première vraie sortie de terrain de Donald Trump depuis son élection fracassante, visant à afficher ses priorités ainsi que ses méthodes.

Le milliardaire s'est d'abord rendu dans une usine de l'Indiana, du fabricant Carrier, dont il affirme avoir forcé les dirigeants à renoncer à une délocalisation vers le Mexique, sauvant plus de 1000 emplois.

Donald Trump a prévenu que les entreprises américaines délocalisant pour élaguer leurs coûts de production en subiraient «les conséquences».

«Les entreprises ne vont pas continuer à quitter les États-Unis sans qu'il y ait des conséquences. C'est fini ça», a lancé M. Trump, sur ce site du fabricant de climatiseurs et appareils de chauffage. «Quitter le pays va être très, très difficile» pour les entreprises, a-t-il averti.

C'est mardi que Carrier avait annoncé renoncer à son projet de délocalisation, une décision facilitée par des aides de sept millions de dollars de l'État de l'Indiana, gouverné par le vice-président de Donald Trump, Mike Pence.

Le milliardaire a raconté en détail comment, au cours d'une conversation téléphonique improvisée récemment, il avait forcé la main du PDG du groupe United Technologies Gregory Hayes, présent dans la salle.

Il s'est aussi moqué de ceux qui lui reprochent de galvauder ainsi la fonction présidentielle.

«Ils disent que ce n'est pas présidentiel d'appeler ainsi les dirigeants d'entreprises géantes. Je pense au contraire que c'est très présidentiel et si ça ne l'est pas tant pis», a-t-il déclaré.

Mais les postes sauvegardés ne représentent qu'une goutte d'eau au regard des emplois industriels perdus depuis plusieurs décennies, et les démocrates n'ont pas manqué de s'inquiéter de l'éventuel chantage auquel les patrons américains pourraient s'adonner auprès du nouveau pouvoir pour obtenir des aides publiques.

Retrouvant des accents de campagne dans une salle acquise à Cincinnati le soir, Donald Trump a annoncé que le sauvetage de Carrier n'était «que le début».

Comme pour se donner un objectif, il a déploré que 70 000 usines aient mis la clé sous la porte depuis l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce, et que près de huit millions d'emplois industriels aient été perdus depuis 2000 aux États-Unis.

«Nous allons les ramener», a-t-il martelé, en promettant d'enlever la rouille de la «ceinture de la rouille», la «Rust belt» épicentre de la désindustrialisation.

La salle était près d'à moitié vide, mais les partisans ont retrouvé une facette du candidat Trump, qui a savouré les slogans scandés «Construisez le mur!», s'est amusé à faire huer la presse et à raconté en longueur comment il avait déjoué tous les pronostics électoraux.

«On s'est bien amusé contre Hillary, n'est-ce pas?», a-t-il lancé.