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Indiana

Trump démarre une tournée de la victoire par le sauvetage d'une usine

Jennie Matthew et Anne Renaut | Agence France-Presse

Le futur président des États-Unis Donald Trump a choisi l'Indiana et le sauvetage d'une usine menacée de délocalisation comme première étape jeudi de sa «tournée de la victoire» dans les Etats industriels qui ont voté pour lui.

Le président élu sur la promesse de sauvegarder les emplois ouvriers sur le sol américain est attendu à Indianapolis dans une usine du fabricant de climatiseurs Carrier, symbole de la politique anti-délocalisations qu'il entend mener grâce à ses ministres du Trésor et du Commerce, fraîchement nommés la veille.

M. Trump en a fait un symbole, depuis que Carrier a annoncé mardi qu'elle renonçait à délocaliser 1.000 postes au Mexique en assurant sur Twitter avoir «conclu un accord avec le président élu».

Carrier a expliqué dans un communiqué que les «incitations proposées par l'État (de l'Indiana) ont joué un rôle important» dans sa décision. En l'occurrence, la filiale du géant United Technologies aurait obtenu des avantages fiscaux représentant 7 millions de dollars sur 10 ans, selon les médias américains.

La société continuera à fabriquer à Indianapolis des chaudières à gaz (qui assurent aussi la climatisation) grâce à des «investissements importants».

«J'ai hâte d'aller dans l'Indiana aux côtés des ouvriers de Carrier qui sont super. Ils vont vendre beaucoup de climatiseurs!», a tweeté le milliardaire avant de s'envoler dans cette ville du nord des États-Unis avec son vice-président Mike Pence, qui est également le gouverneur de l'Indiana.

Les postes sauvés représentent une goutte d'eau au regard des emplois industriels perdus, a tweeté l'économiste Paul Krugman. Selon lui, il faudrait un accord similaire par semaine pendant quatre ans pour ramener seulement 4% des emplois disparus depuis 2000.

L'ex-candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders s'est offusqué jeudi dans le Washington Post d'un «pansement qui ne fait qu'aggraver le problème des inégalités de revenus en Amérique».

«À la place (du paiement) d'un impôt, l'entreprise va être récompensée par une réduction d'impôts. Wouah! (...) C'est ça punir les groupes qui ferment leurs usines aux États-Unis pour les déménager à l'étranger?», se demande M. Sanders.

Le sénateur du Vermont craint que cet accord n'incite désormais les entreprises à menacer de délocaliser leurs usines dans le seul but d'obtenir un allègement fiscal similaire.

Anthony Scaramucci, un chef d'entreprise membre de l'équipe de transition de Donald Trump, a admis mercredi que «tout l'objectif» de cette opération était de réduire les impôts des sociétés pour attirer les investissements aux États-Unis.

«J'espère que tous les patrons en Amérique ont reçu ce signal de la nouvelle administration Trump que nous sommes ouverts aux affaires ici aux États-Unis, et que nous devons remettre au travail les Américains avec des emplois américains», a-t-il plaidé à New York.

La visite dans l'Indiana est la première étape du «voyage de la victoire» que le président élu va effectuer dans les États industriels clés tombés le 8 novembre dans son escarcelle. Il tiendra également une réunion jeudi soir à Cincinnati, dans l'Ohio (nord).

Ces déplacements se tiennent au lendemain de la nomination de sa future équipe économique: un banquier de Wall Street, Steven Mnuchin, 53 ans, sera secrétaire au Trésor et Wilbur Ross, un milliardaire de 79 ans, secrétaire au Commerce.

Ils seront justement chargés de tenir la promesse de M. Trump de revenir sur les accords de libre-échange signés par les États-Unis et de préserver les emplois industriels.

Mais M. Ross a déjà rejeté mercredi les accusations de protectionnisme. «"Protectionnisme" n'est pas un terme significatif, c'est péjoratif», a-t-il contesté, estimant sur CNBC que les administrations précédentes avaient «fait beaucoup de commerce stupide et c'est ce que nous allons corriger», notamment en «augmentant les exportations américaines».

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