/news/world

Haïti

Jovenel Moïse veut «redonner au peuple» la confiance perdue

Amélie Baron | Agence France-Presse

Jovenel Moïse, crédité de plus de 55% des suffrages selon les résultats préliminaires du premier tour de la présidentielle, a appelé les Haïtiens à se ranger derrière lui et à cesser les contestations, promettant de «redonner au peuple» la confiance perdue.

«Le peuple a dit son mot et maintenant je pense qu'il est temps que les gens, mes compétiteurs, commencent à comprendre que le pays ne peut plus s'enfoncer dans cette histoire de violence», a déclaré dans un entretien à l'AFP Jovenel Moïse, face aux manifestations répétées d'opposants dans la capitale.

«Nous avons besoin d'ordre, de discipline pour mettre ce pays sur la route du développement», a-t-il ajouté.

Il y a deux ans, cet entrepreneur agricole de 48 ans était encore totalement inconnu du grand public. Cette élection signe le début de sa carrière politique et, depuis que l'ex-président Michel Martelly l'a choisi pour représenter son parti, Jovenel Moïse scande sans cesse son slogan de campagne devenu surnom: «L'homme à la banane».

Crédité de plus de 55% des suffrages, Jovenel Moïse se déclare aujourd'hui «président élu» d'Haïti, malgré les rappels du Conseil électoral provisoire (CEP) qui «invite les partis, groupements politiques et candidats concernés à se garder de se déclarer élus».

«Les résultats préliminaires ont bien dit que je suis le candidat qui se trouve en première position. Cela veut dire que je suis le président élu. Sauf un miracle, et nous n'avons pas besoin de faire de gros calculs mathématiques et statistiques, c'est clair que Jovenel Moïse est devant, restera devant», a assuré le candidat du parti haïtien Tet Kale (PHTK).

Les principaux concurrents de Jovenel Moïse ne reconnaissent pas les résultats de l'élection du 20 novembre: Jude Célestin (19,52% des votes), Moïse Jean-Charles (11,04%) et Maryse Narcisse (8,99%) préparent ainsi leurs dossiers de contestation qu'ils vont présenter devant les tribunaux électoraux.

Des centaines d'habitants des quartiers les plus pauvres de la capitale, acquis au parti Lavalas de Maryse Narcisse, manifestent depuis l'annonce des résultats lundi soir, contre ce qu'ils considèrent être «un coup d'État électoral».

Mercredi, la police a dû disperser par la force les manifestants.

Déplorant ces incidents, Jovenel Moïse considère qu'il est temps de tourner la page.

«Le pays ne peut plus supporter cette campagne présidentielle éternelle (...) nous savons pertinemment qu'on a gagné les élections au premier tour», a-t-il répété.

Le premier tour de la présidentielle s'était initialement tenu en octobre 2015 et déjà Jovenel Moïse était sorti en tête du scrutin. Mais en raison déjà de contestations et de fraudes massives, le vote avait été annulé.

Le Parlement avait élu en février Jocelerme Privert, alors président du Sénat, au poste de président provisoire, le mandat de Michel Martelly, élu en 2011, arrivant à terme.

Fatigués par un processus électoral entamé il y a plus d'un an, la majorité des Haïtiens ne pensent pas qu'une élection puisse les sortir de la pauvreté extrême: plus de 60% des habitants survivent avec moins de deux dollars par jour.

S'il a obtenu 55% des suffrages, Jovenel Moïse ne jouit cependant pas aujourd'hui d'une large popularité dans le pays car seuls 21% des électeurs ont voté le 20 novembre.

«Le taux de participation le plus faible que l'on ait vu c'est dans le département de l'Ouest (qui englobe l'aire métropolitaine de Port-au-Prince et représente plus de 40% de l'électorat) et comme vous le savez, l'Ouest c'est un grand bazar», a déploré M. Moïse.

«C'est parce qu'il y a un désespoir dans ce département: les gens ne croient plus aux politiciens. C'est cette confiance que je veux bâtir, je veux redonner au peuple, à la jeunesse haïtienne», a-t-il expliqué.

Mais, imperméables aux promesses de campagne, les jeunes de la classe moyenne ne voient leur salut qu'en l'exil vers les États-Unis. Plus de 5.000 Haïtiens sont actuellement dans des centres d'accueil en Californie et plusieurs milliers vont d'abord au Brésil ou au Chili, où les visas d'entrée sont plus faciles à obtenir.