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Bombardier, RONA et Saint-Hubert

Que feront nos trois fleurons en 2017?

Martine Turenne | Argent

Rotisseries St Hubert

SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Les ventes de RONA et du Groupe St-Hubert, et les soubresauts chez Bombardier ont dominé l’actualité économique, en 2016. Et les enjeux qu’ils soulèvent continueront de le faire en 2017.

Pour Bombardier, l’année a été en dent de scie, avec les bonnes nouvelles –les ventes de C Series à Air Canada et Delta Airlines-, les nouvelles controversées –l’investissement en juin d’un milliard$ du gouvernement québécois, au grand dam de l’opposition- et les mauvaises nouvelles- la décote de Bombardier par l’agence de notation Standard and Poor’s et l’abolition, en octobre, de 7500 emplois au cours des deux prochaines années, dont 2000 au Canada.

Deux symboles identitaires

«La dimension identitaire a presque éclipsé la nouvelle économique», lors des ventes de RONA à l’américaine Lowe’s, et celle de Saint-Hubert à l’ontarienne Cara, a souligné la firme Influence Communication dans son bilan annuel.

La vente de RONA, en février, a eu des répercussions jusqu’en commission parlementaire, entraînant la démission du ministre des Transports, Jacques Daoust.

La question des sièges sociaux hante depuis plusieurs années l’actualité québécoise, note Influence Communication : depuis 2014, Mega Brands, Osisko, Standard Life, Dessau, ainsi que le Cirque du Soleil ont été rachetés par des intérêts non québécois. François Legault a parlé d’un retour à une économie de succursales : «Jamais les Américains, les Allemands, les Japonais n'accepteraient ça», a-t-il dit. La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a de son côté souligné que les entreprises québécoises achetaient plus à l’extérieur de la province qu’elles étaient elles-mêmes les cibles d’intérêts étrangers. Le malaise persiste tout de même.

Autre malaise : la somme colossale empochée lors de la vente de RONA par le grand patron de l’entreprise, Robert Sawyer, en poste depuis moins de trois ans : un pactole évalué entre 20 et 25 millions $...

Que feront nos fleurons en 2017?

Bombardier

L’aéronautique et ses «emplois de qualité» sont chers à nos élus. Du fédéral au municipal, en passant par le provincial, tous saluent unanimement son importance dans l’économie montréalaise et québécoise.

Et Bombardier en est le fer de lance.

On saura tôt en 2017, sans doute au budget, ce que le Fédéral injectera dans l’entreprise. Bombardier réclame un autre milliard de dollars. Mais l’affaire est davantage politique qu’économique. Les «Bombardierscepticiques» sont nombreux au Canada anglais. Comme le soulignent plusieurs analystes, la compagnie a encore beaucoup de dettes. Par ailleurs, il n’est pas clair à quel rythme le fournisseur de moteurs du C Series, Pratt & Whitney, parviendra à les livrer.

Bombardier a tenu, en fin d’année, à préciser qu’elle ne va pas brader sa C Series. Mais diminuer les prix de vente de 50%, voire 60% de la valeur comptable, est devenu la norme dans cette industrie hautement compétitive.

Qui seront les prochains acheteurs de la C Series? Pour certains analystes, cela pourrait être un transporteur à rabais, comme Jet Blue. British Airways fait aussi partie des rumeurs.

À surveiller aussi : le Brésil qui conteste le financement gouvernemental accordé à Bombardier devant l'Organisation mondiale du commerce.

Par ailleurs, les affaires vont bien pour Bombardier Transport. Les revenus totaux de cette division seront d'environ 8,5 milliards de dollars pour l'exercice 2016, selon l'entreprise.

RONA

En décembre, six mois après la conclusion de l’achat de RONA, Lowe's a tenu à clarifier l’avenir de la bannière au Québec. On a ainsi appris que les 17 RONA l’entrepôt du Québec prendront le nom de Lowe’s d’ici deux ans, et avant cela pour les magasins du reste du Canada.

Est-ce un prélude à un changement de noms pour tous les autres magasins au cours des prochaines années? On l’ignore pour l’instant.

En attendant, Lowe’s a annoncé une nouvelle structure, qui comprendra quatre unités d'affaires: Grandes surfaces, Proximité, Marchands affiliés et Pros et contracteurs.

Le géant de la quincaillerie a assuré vouloir garder à son service la vaste majorité des employés actuels ainsi que les hauts dirigeants. Le siège social a été établi à Boucherville le jour même de la clôture de l'acquisition, le 20 mai, et y restera.

En 2017, RONA mettra à exécution plus de projets de croissance en l'espace d'un an qu'elle ne l'a fait au cours des cinq dernières années, a-t-elle affirmé. Elle envisage l’ouverture de quatre nouveaux magasins de proximité, la rénovation majeure de neuf magasins et l’introduction de gros électroménagers dans 47 magasins.

Saint-Hubert

Depuis sa vente à Cara, en mars, pour 537 millions$, la rôtisserie Saint-Hubert a moins fait parler d’elle que RONA ou Bombardier.

Les questions demeurent sur l’avenir de la chaîne, qui compte 117 restaurants, deux usines de production alimentaire à Boisbriand et à Blainville, ainsi que deux centres de distribution. Son chiffre d'affaires annuel s’élève à 620 millions de dollars.

«N’oublions pas que ce sont des financiers qui achètent St-Hubert. Ils ont allongé beaucoup d’argent et ils voudront obtenir du rendement», a dit lors de la vente le directeur de l’Institut de la gouvernance, Michel Nadeau.

Ce dernier croit que Cara voudra tirer profit rapidement de son investissement, afin de le rentabiliser. «Ce ne sont pas des gens habitués à la patience. Que feront-ils ? Ils ont l’habitude d’acheter, de faire le ménage et de revendre à gros prix. Ce sera intéressant de voir la suite.»

En zone de turbulence

Plusieurs entreprises sont à surveiller en 2017, en raison d’événements qui ont tourmenté leur direction et mis un doute sur leur avenir.

SNC-Lavalin

Les problèmes de gouvernance du fleuron de l’ingénierie québécois, qui emploient 40 000 personnes dans le monde, ne sont pas réglés. En septembre, le commissaire aux élections fédérales a conclu une entente avec SNC-Lavalin pour des contributions illégales de près de 118 000 $ faites par la firme, au Parti libéral et au Parti conservateur, entre 2004 et 2011. La firme s’est engagée à revoir ses pratiques. Déjà, des accusations de fraudes et de corruption d’agents étrangers avaient été déposées en 2015 par la GRC. Plusieurs hauts dirigeants ont été aussi accusés. SNC-Lavalin reste vulnérable à un acheteur, croit Michel Nadeau.

«Dans la foulée du scandale qui a frappé la firme, le siège social de Montréal a déjà perdu plusieurs postes décisionnels au profit de Londres. De grosses firmes européennes et américaines pourraient l’acheter, comme Dessau a été vendu à une firme albertaine.» Une opinion que les dirigeants de SNC-Lavalin ont vigoureusement démentie.

Valeant

Toujours sous enquête criminelle, sous des allégations de fraudes, la pharmaceutique lavalloise plombe l’Indice Québec 30, qui regroupe les 30 plus fortes capitalisations de la province. La valeur de son titre a connu une baisse de 85% durant les onze premiers mois de 2016.

Dans une déclaration, Valeant a dit avoir formé un comité pour clarifier la tarification des médicaments, et réformer son équipe de gestion, promettant une «transparence accrue». «Notre équipe a fait énormément de travail au cours des derniers mois pour stabiliser l'entreprise et nous sommes bien positionnés pour 2017.»

Amaya

L’avenir de l’entreprise Amaya, spécialiste des jeux en ligne et propriétaire de PokerStars, n’est toujours pas clair. Elle est toujours sous enquête. Son fondateur, David Baazov, a mis définitivement un terme, après de nombreux rebondissements, à ses tentatives de la racheter, en décembre. Il souhaitait la privatiser. La capitalisation boursière d’Amaya est évaluée à environ 2,75 milliards $.

Cirque du Soleil

Dure année pour le Cirque du Soleil qui a fait la manchette avec de graves ennuis sur le plan de la sécurité : plusieurs employés de la compagnie québécoise ont subi de graves accidents, certains mortels, dont celui qui a emporté le fils de l’un des fondateurs, Gilles Ste-Croix. À cela s’ajoute l’incertitude quant à l’avenir du Cirque à Montréal, depuis son achat par des intérêts chinois. Plusieurs organismes communautaires du quartier Saint-Michel, où est situé le siège social de l’entreprise, ont affirmé cet automne que le «Cirque n’était plus le même depuis son rachat ».

Le Cirque du Soleil compte quelque 4000 employés dans une cinquantaine de pays.

Cimenterie McInnis (Port-Daniel)

Plus de deux ans après l'ouverture du chantier à Port-Daniel-Gascons, le projet de cimenterie de Ciment McInnis est toujours aussi controversé, avec des dépassements de coûts qui font hurler l’opposition et des environnementalistes le taxant de projet le plus polluant « de l'histoire du Québec ». Le projet de 1,1 G$ impliquant la famille Beaudoin et l’actionnaire majoritaire, le groupe Beaudier, a reçu un investissement de 450 millions$ du gouvernement du Québec. La Caisse de dépôt et placement du Québec y a injecté 125 millions $ afin de prendre le contrôle du projet.

Le PDG de Ciment McInnis a été limogé et remplacé.

Le projet fournit de l’emploi à plus de 1000 travailleurs en Gaspésie, dont 80 % de main-d’œuvre locale et régionale. Ciment McInnis doit livrer ses premières commandes de ciment le printemps prochain, aux États-Unis, par bateau.

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