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Sainte-Foy

Les musulmans constatent l’horreur à leur retour à la mosquée

Pierre-Olivier Fortin | Agence QMI

 - Agence QMI

Les musulmans qui revenaient pour la première fois dans la mosquée de Sainte-Foy à Québec après l’attentat de dimanche fondaient en larmes, mercredi matin, en consolant leurs amis et en découvrant le sang de leurs frères qui n’a pas encore séché sur les tapis.

La scène est épouvantable. Immédiatement en entrant, une chaise a été placée sur une flaque de sang. C’est celui d’Azeddine Soufiane, que tous ici considèrent comme un héros pour avoir sauté sur le tireur pour arrêter sa folie meurtrière. L’assaillant a fait un pas de recul et l’a atteint mortellement, dimanche soir. Des témoins soulignent le sang-froid et la grande précision dans les gestes du meurtrier.

Plus loin dans le hall, encore des coulisses rouges, et un trou de balle. On en voit aussi dans un racoin situé au fond de la salle de prière, où les fidèles s’étaient pourtant réfugiés pour échapper à la mort.

Ali Djafri a été incapable de rentrer au boulot, mercredi matin. En dépit de l’horreur et de l’odeur de la mort entre les murs, et malgré la douleur, il s’est rendu à la mosquée «pour voir les gens, les frères». Il montre différents endroits dans la salle: «ici, y’avait Soufiane», ici, un autre est mort, là-bas un autre gisait blessé.

Pour comprendre

Dans le hall, un jeune homme essuie ses larmes en discutant avec d’autres membres de la communauté. Tarik Pasic est d’origine bosniaque, de la majorité musulmane. Pas pratiquant, mais «très croyant», il avait «envie de venir pour essayer de comprendre». Il se désole de voir la montée de l’extrême droite à Québec, qui a peut-être quelque chose à jouer dans le drame. Aujourd’hui, il craint les représailles.

Amel Henchiri était en larmes devant les journalistes qui écoutaient son témoignage les yeux pleins d’eau. «Avant le drame, c’était notre lieu de culte, de paix», dit-elle. Faut voir le samedi, quand les enfants sont là. C’est plein de vie, c’est plein de joie! Mais aujourd’hui, ça nous rappelle que les humains font des erreurs. Ça nous rappelle qu’il y a des personnes qui n’acceptent pas qu’on soit différents, malheureusement.» Elle ajoute aussitôt qu’il «ne faut pas les laisser vaincre». Elle insiste pour dire que dans la communauté, «on enseigne à nos enfants qu’on est tous frères et sœurs», peu importe la religion.

«On évite la haine, et le malheur vient de nous frapper de plein fouet», ajoute Ahmed El Ghandouri, le trémolo dans la voix, les joues mouillées. «Depuis des années, on fait des portes ouvertes, et malheureusement, il y a des préjugés. Cette peur, cette haine, je ne comprends pas! Pourquoi! Pourquoi?» Il «pardonne» malgré tout au meurtrier, affirmant qu’un jour «il va se rendre compte de son erreur».

Pour faire réfléchir

Les responsables du Centre culturel islamique ont choisi d’ouvrir les portes de la mosquée aussi rapidement et de montrer les images du carnage pour faire réfléchir, explique le vice-président Mohamed Labidi.

«On montre ces images pour que les gens qui essaient de contribuer à la haine, d’augmenter l’islamophobie, qu’ils arrêtent. Qu’ils pensent. Parce qu’il y a des vies derrière ça. Des familles seront dans le chagrin, toute leur vie. Y’a 17 enfants qui n’ont plus de pères. Est-ce que ce n’est pas assez?»

Il rappelle que les extrémistes musulmans responsables d’actes terroristes se cachent à tort derrière l’islam et leur religion, en fait, est des plus pacifiques. Il paraphrase le prophète pour appuyer ses dires : «Je ne suis pas musulman si mes mains font du mal à quelqu’un».

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