/news/politics

Attentat à la mosquée de Sainte-Foy

La Ville de Québec prépare son «plan de rétablissement»

Pierre-Olivier Fortin | Journal de Québec

La Ville de Québec prépare un «plan de rétablissement» post-attentat et le maire a prévenu que le chemin de la guérison sera long : «On en a pour des mois et des années».

«Beaucoup de gens sont affectés. Il y a un traumatisme dans la population et il faut se rétablir collectivement», a expliqué le maire, en marge d’une conférence de presse organisée pour annoncer une aide de 175 000 $ à trois jeunes entreprises.

Régis Labeaume s’est dit «assez documenté sur le sujet». Il a étudié ce qui s’est passé à Bruxelles, ce qui lui permet d’anticiper un nouveau choc à court terme. «Les gens n’y croient pas encore. Un moment donné, la vérité va nous sauter dans la figure [et] dans trois semaines, on va frapper un petit mur.»

La semaine prochaine, par exemple, il rencontrera les acteurs du milieu touristique pour savoir si l’attentat a eu des conséquences négatives. «Est-ce que ça aura un impact sur le développement économique?» a-t-il poursuivi. Est-ce que des entreprises ou des travailleurs en démarches pour s’établir à Québec hésitent désormais? L’idée est donc de «voir les conséquences de ces événements-là sur notre ville, faire un diagnostic et se demander quels sont les gestes qu’on doit poser».

Pas d’argent pour le cimetière

Déjà, M. Labeaume s’est engagé en faveur d’un cimetière musulman dans la région. Il a précisé, lundi, que la Ville ne verserait pas d’argent, mais agirait plutôt comme accompagnatrice devant les «embuches règlementaires et fiscales». Le cimetière, par ailleurs, ne sera pas obligatoirement à Québec, a-t-il ajouté. La Ville s’impliquera aussi, «sûrement», dans le spectacle-bénéfice prévu le 26 février avec l’orchestre symphonique de Québec.

Les prochains mois, croit le maire, seront un «test de notre capacité à changer». Régis Labeaume reconnaît que les discours, aujourd’hui, sont «plein de bonnes intentions, tout le monde veut qu’on s’aime les uns les autres», mais que restera-t-il de ces beaux mots? «Est-ce que dans trois semaines, un mois, les mêmes discours vont recommencer?»

Le maire a une fois de plus rappelé que «des gens ont un intérêt financier» rattaché aux discours d’exclusion maintes fois dénoncés depuis le 29 janvier, mais a encore refusé de préciser sa pensée. «Je ne veux pas stigmatiser. Faut qu’on se parle...»

Le fondamentalisme est aussi catholique

D’un autre côté, ce discours d’ouverture qui prévaut ces derniers jours ne veut pas dire qu’on doive se fermer les yeux sur les dérives religieuses. Régis Labeaume a rappelé comment il avait été choqué de voir une femme voilée de la tête au pied à côté de son mari «en gougounes» sous un soleil de plomb, lors d’un voyage à Copenhague. «J’enragerai toujours autant quand je verrai ça.»

C’est le «fondamentalisme qui mène à l’extrémisme religieux», selon lui. Mais il faut aussi se regarder le nombril avant de montrer du doigt, a-t-il ajouté. «J’ai le même sentiment quand les églises catholiques excluent les homosexuels de la communion ou qui sont contre la contraception. C’est du fondamentalisme aussi évident», selon Régis Labeaume.

«On n’est pas mieux dans la religion catholique, assure-t-il, alors faisons attention. On est totalement imparfaits nous aussi.»

La solution, l’emploi

Dans les jours qui ont suivi l’attentant, la communauté musulmane a beaucoup dénoncé la difficulté à se trouver un emploi pour les prénommés «Mohamed» ou «Aïcha», et le ministre responsable de l’Emploi est bien d’accord. «Il va falloir que les mentalités évoluent», a admis François Blais, présent aux côtés de M. Labeaume à la conférence de presse.

Il en discutera au sommet économique la semaine prochaine, mais rappelle qu’un programme existe déjà et gagnerait à être mieux connu. En effet, une entreprise qui donne son premier emploi à un immigrant peut recevoir une subvention qui peut atteindre la moitié du salaire de ce dernier pendant un an. Lorsqu’un immigrant se trouve un emploi, son intégration est grandement facilitée et «tout se met en marche».