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Porte-parole d’Anorexie et boulimie Québec

«Je veux sensibiliser les gens aux troubles alimentaires»

Nathalie Carrière | Agence QMI 

ERIC CARRIÈRE/AGENCE QMI

Comédienne de grand talent, Catherine Brunet est surtout une femme de coeur qui tient à s’impliquer socialement, notamment à titre de porte-parole d’ANEB. Elle souhaite dissiper les tabous qui existent autour de ce phénomène et dont les conséquences peuvent être dramatiques.

Catherine, vous êtes porte-parole d’ANEB (Anorexie et boulimie Québec) avec Félix-Antoine Tremblay. Comment en êtes-vous venue à vous associer à cette cause depuis 2011?
J’ai été porte-parole de l’UNICEF alors que j’étais toute jeune. J’avais envie de trouver une cause qui m’interpellerait comme adulte et comme femme. C’est moi qui ai approché ANEB. Je m’intéressais à plusieurs problématiques, dont les troubles alimentaires et l’estime de soi dans notre société.

L’anorexie et la boulimie sont encore mal connues?
Il y a encore un grand tabou autour des troubles alimentaires. C’est un peu comme la dépression; dès qu’il s’agit d’un trouble mental, les gens font comme si ça n’existait pas. On banalise aussi cette maladie, comme si ce n’était qu’un caprice de minceur, alors qu’un trouble alimentaire est aussi sérieux qu’une dépression.

Ce n’est pas provoqué simplement par l’envie d’être mince ou par les publicités à la télé... Cela vient-il d’une espèce de mal-être?
J’insiste, c’est un trouble mental, une maladie. L’environnement, le cerveau et les perceptions mêmes de l’individu qui en souffre sont des éléments qui mènent à l’anorexie et à la boulimie. C’est une incapacité maladive de s’accepter tel que l’on est, ce qui n’est pas la même chose que le simple désir d’être mince pour plaire au monde.

Le site web de l’organisme révèle des statistiques troublantes...
Les troubles alimentaires ont le plus haut taux de mortalité parmi tous les troubles de santé mentale. Plus de 10 % des Québécoises âgées de 13 à 30 ans souffrent d’un trouble alimentaire important. L’organisme ne soutient pas que les jeunes filles, mais vraiment tout le monde...

Oui, et il faut aussi penser aux victimes collatérales, la famille, les amis. Il n’est pas évident d’approcher une personne pour lui dire qu’elle souffre d’un trouble alimentaire. L’organisme offre l’aide gratuite de spécialistes, en plus de conseiller les proches de celles et ceux qui souffrent.

Comme vous le mentionnez, il ne faut pas faire de lien direct entre l’insatisfaction de notre apparence et ce que vivent celles et ceux qui souffrent de troubles alimentaires...
Il peut y avoir un lien, mais dire à quelqu’un qui en souffre «ce n’est pas grave, ton physique» n’aura aucun impact sur sa condition. La maladie a un grand pouvoir sur la personne. L’anorexie, c’est chercher à exercer un contrôle sur sa vie, se priver de manger parce qu’on veut être plus fort que la nourriture. La boulimie, c’est tenter de se priver, mais comme c’est trop dur émotionnellement, alors on mange sans arrêt, quitte à se faire vomir.

Dans le monde d’aujourd’hui, se juge-t-on trop sévèrement parce qu’on craint le regard des autres?
Une personne sur trois au Québec n’est pas satisfaite de son image corporelle. Ça ne veut évidemment pas dire que ces personnes développeront un trouble alimentaire. Il reste que ça peut avoir une influence. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est important d’arrêter de parler de notre poids...

Les gens parlent en effet beaucoup de poids et d’image corporelle.
Des enfants très jeunes se font hospitaliser parce qu’ils refusent de manger. Certains parents leur ont dit de ne pas manger telle ou telle chose, «parce que ça va aller directement dans les fesses». C’est tellement ancré dans notre société de parler de poids, de formes, de beauté et de laideur. Il faudrait cesser de juger les gens selon leur poids et leur apparence. C’est quelque chose qui peut faire beaucoup de tort.

Lorsqu’on est, comme vous, dans l’oeil du public, ressent-on une certaine pression par rapport à son apparence?
Pour moi, ça n’a pas changé quoi que ce soit. Que je sois ou non à la télé, ma vie reste ma vie, indépendamment du regard des autres. Je vis très bien avec mon corps et mon apparence.

Il reste que cette pression extérieure existe... Il est difficile de s’en détacher. Tu regardes les panneaux publicitaires, les magazines... Nous sommes bombardés de toutes parts. Ce à quoi on ressemble ne devrait pas être si important. Nous avons une âme, nous sommes des êtres humains. Nous pouvons être drôles, gentils, aimables... Il est absurde qu’on se fasse tellement de mal.

Vous avez participé au livre «Miroir, miroir», de la psychologue Stéphanie Léonard. Elle parle de l’acceptation corporelle chez les personnalités publiques...
Je suis l’une des 30 personnalités publiques qui expliquent leur vision dans ce livre. Il me paraît essentiel d’encourager des gens comme Stéphanie à changer les mentalités. En tant que comédiens, animateurs ou humoristes, on tente de toucher les gens dans leur salon en les faisant rire ou s’émouvoir, mais c’est aussi notre responsabilité d’utiliser cette reconnaissance pour transmettre des choses importantes.

Suivez Catherine dans Le chalet, le mardi à 17 h 30, à Vrak. Elle est aussi de la distribution du film «Nelly», présentement à l’affiche.
En vedette dans «Le Chalet», la populaire série jeunesse sur les ondes de Vrak.
Dans le film «Nelly», elle joue Peggy, une jeune escorte.

Le mot touchant de Catherine

Il n’y a pas si longtemps, je sortais tout juste de l’adolescence, cette période angoissante et remplie de questionnements. Et comme tous les adolescents, j’ai douté. De moi, de mes capacités, de ma personnalité, mais surtout, de mon apparence physique. À l’aube de l’âge adulte, toujours entourée de femmes et d’hommes complexés par leurs corps, j’ai finalement réalisé que quelque chose ne tournait pas rond.

J’ai compris qu’un mal commun nous rongeait, et que beaucoup de gens en souffraient réellement. C’est pourquoi j’ai voulu m’impliquer avec ANEB.

Encore aujourd’hui, je veux dénoncer ces images superficielles et irréelles dont on nous bombarde. Je veux me battre contre l’unique masque de la beauté qu’on nous montre constamment. Je veux aider concrètement des milliers de personnes qui combattent souvent en silence un fléau dangereux et omniprésent: les troubles alimentaires. Et c’est ce que les gens impliqués chez ANEB font. Ils se lèvent, font entendre leur voix, mais surtout, ils écoutent. Ils sont présents pour toutes ces personnes qu’ils ont soutenues
et aidées depuis leur création.

Je remercie donc ANEB. De tout ce qu’ils font et de tout ce qu’ils sont. J’ai grandi avec eux, et j’espère pouvoir le faire encore longtemps. Catherine Brunet, comédienne et porte-parole d’ANEB.

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