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Gaza

Après six mois d'attente, une mère retrouve son bébé

Joe Dyke | Agence France-Presse

Souriante, Joumana Daoud a enfin pu serrer dans ses bras Maryam, qu'elle était venue mettre au monde à Jérusalem et qui a depuis passé six mois en incubateur loin de sa mère, rentrée à Gaza et bloquée là-bas faute de permission de sortie.

«C'est magnifique, je peux enfin la prendre dans mes bras. J'espère que maintenant elle sera heureuse et en bonne santé pour toujours», dit la Palestinienne de 24 ans à l'AFP.

Fin juillet 2016, Joumana Daoud atteignait son quatrième mois de grossesse quand ses médecins ont détecté de graves problèmes. Incapables de la soigner dans la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 10 ans et où les moyens hospitaliers sont limités, ils sont parvenus à obtenir qu'elle accouche à l'hôpital Makassed de Jérusalem-Est, partie majoritairement palestinienne de Jérusalem occupée et annexée par Israël.

Pour cela, ils ont obtenu des autorités israéliennes un laissez-passer, sésame indispensable aux deux millions de Gazaouis pour sortir de leur enclave et traverser le territoire israélien jusqu'à Jérusalem.

Maryam est née le 1er août après seulement 29 semaines de gestation et a été aussitôt placée en couveuse. Sa jumelle n'a pas survécu à l'accouchement.

Joumana Daoud est repartie au bout de quelques jours s'occuper de ses deux autres jeunes enfants à Gaza en pensant pouvoir revenir.

La jeune femme et l'ONG israélienne Physicians for Human Rights qui la soutient affirment qu'elle a demandé un nouveau sauf-conduit pour retourner auprès de Maryam, mais n'a rien vu venir pendant des mois. Ce qui est advenu entretemps reste à élucider.

Les demandes de permis pour sortir de Gaza suivent une procédure souvent aléatoire. Elles sont approuvées ou rejetées par les Israéliens. Mais elles sont d'abord déposées auprès de l'Autorité palestinienne.

Procédure souvent aléatoire

Les demandes de permis pour sortir de Gaza suivent une procédure souvent aléatoire. Elles sont approuvées ou rejetées par les Israéliens. Mais elles sont d'abord déposées auprès de l'Autorité palestinienne.

L'organe du ministère de la Défense israélien responsable de ces procédures, le Cogat, a dit à l'AFP ne pas avoir reçu de demande. L'organe palestinien responsable de la coordination avec les Israéliens affirme avoir un document prouvant que la demande a bien été faite.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) tient chaque mois un décompte des laissez-passer accordés par Israël à des patients gazaouis.

Selon elle, sur les 2596 demandes de décembre, seules 41,7% se sont conclues par une réponse positive ou à temps pour le rendez-vous médical prévu, soit le taux le plus bas depuis avril 2009.

Une source au sein de l'ONU a indiqué avoir été informée par des responsables israéliens qu'un certain nombre de demandes avaient récemment été effacées par accident.

Pour Hossam Leftaoui, de Physicians for Human Rights, il existe «de nombreux cas de mères obligées de retourner à Gaza pour différentes raisons et ensuite empêchées de revenir», mais «la plupart attendent un mois ou deux».

«Quand nous avons entendu parler du cas de cette mère, nous avons assuré son arrivée à l'hôpital sous 24 heures», assure toutefois le Cogat.

Dimanche en effet, raconte Joumana Daoud, après la diffusion d'un reportage sur son histoire par la télévision israélienne Channel 10, «un officier israélien a appelé pour nous dire de demander un nouveau laissez-passer et tout s'est bien passé».

À l'hôpital, Joumana a découvert lundi qu'une autre jeune mère s'était occupée de Maryam, Oum Abdel Rahmane, une Palestinienne de Jérusalem.

«"Personne ne prenait ce bébé dans ses bras. Pendant sept mois, elle n'a pas connu la tendresse maternelle», témoigne-t-elle, les larmes aux yeux. Alors, dit-elle, «je la prenais dans mes bras, je la faisais rire, je lui parlais».

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