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Intimidation à l'école

Les élèves moins bien protégés au privé qu'au public

TVA Nouvelles

Pour une rare fois, quand il est question d'intimidation dans les écoles, c'est le secteur privé qui est à la traîne du public.

Christine Gingras croit qu'il y a une faille dans la loi sur l'intimidation. Elle dénonce que les parents d'élèves intimidés qui fréquentent l'école privée n'ont aucun recours en cas de mauvaise gestion du problème.

«C'est inacceptable et les parents ne le savent pas, ce n'est pas connu!» dit cette mère d’une élève intimidée.

Quand elle a contacté le ministère de l'Éducation pour demander qu'on réévalue le renvoi de sa fille de 11 ans, pourtant victime dans l'histoire, on lui a répondu que rien dans leur mandat ne leur permet d'exiger des écoles privées qu’elles rendent des comptes.

«Ils m’ont dit qu'ils ne pouvaient pas poser un jugement sur la qualité des mesures et qu’ils ne possédaient pas de pouvoir d'enquête.»

Concrètement, si un élève du privé souffre d'un manque de services professionnels ou d'intimidation, ses parents ne bénéficient d'aucun mécanisme d'appel.

«Il n'y a pas un parent qui va choisir l'école privée en se disant: j'abandonne mon droit au recours», souligne Mme Gingras.

Le statu quo intenable

L'opposition à Québec met de la pression sur le gouvernement pour qu'on étende le service de protecteur de l'élève à tous les enfants de la province. Ce service, qu'on retrouve dans le public, a le pouvoir de réviser les décisions.

«En novembre dernier, j'ai interpellé le ministre, qui a reconnu que le statu quo n'était pas tenable, qu'il y avait un problème, explique le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, Jean-François Roberge. On veut des protecteurs de l'élève régionaux, détachés des commissions scolaires, au service des élèves.»

De son côté, le Parti québécois demande à ce que «les bonnes intentions qui sont énoncées par le gouvernement du Québec deviennent des réalités et que lorsque des décisions sont prises qui vont à l'encontre de l'intérêt des enfants, il puisse y avoir une procédure d'appel», soutient Alexandre Cloutier, porte-parole du PQ en matière d’éducation.

«Ce ne sont pas les mêmes contraintes qui sont demandées au secteur privé, note toutefois le président de l’Ordre des psychoéducateurs du Québec, Denis Leclerc. Il y a quelques exemples comme ceux-là qui peuvent nous amener à penser que dans certaines situations, les enfants plus vulnérables pourraient en subir les préjudices.»

La Fédération des établissements d'enseignement privé se défend d'abandonner des élèves. «Effectivement, il y a des interventions possibles, soit par l'État, qui va nous dire qu'on ne respecte pas notre permis d'opération, mais aussi par les parents, qui vont choisir une autre école, affirme son président, Jean-Marc St-Jacques.

«Souvent, devant des problèmes, la solution, c'est de créer un organisme. Si on fournissait plutôt des sous à l'école pour mettre du personnel pour accompagner les élèves qui vivent des difficultés, à mon sens, ce serait plus utile», conclut M. St-Jacques.

-D’après un reportage de Cindy Royer