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Son fils de 17 ans tué par la police

Que des souvenirs et des questions sans réponse

Marie Lessard | TVA Nouvelles

Que reste-t-il quand on perd son enfant? Des souvenirs auxquels on se rattache parfois comme à une bouée. Que reste-il à Dominique Bernier dont le fils unique de 17 ans a été abattu au terme d’une poursuite policière? Des photos, des moments heureux et beaucoup de questions auxquelles les autorités ne veulent pas répondre.

Brandon Maurice conduisait la voiture d’un ami, assis à ses côtés, le 16 novembre 2015 quand un policier a actionné ses gyrophares à Messines au sud de Maniwaki, en Outaouais. D’après ce que le copain de Brandon a raconté à Mme Bernier, les ados ont paniqué en voyant la police.

«Son ami lui a dit qu’il n’avait pas plaque, d’assurance et que son véhicule n’était pas en ordre. Mon gars s’est probablement dit : Je ne le mettrai pas dans la marde. C’est mon chum, on va se pousser», relate la mère de Brandon en entrevue à TVA Nouvelles.

Le jeune homme a roulé une dizaine de kilomètres avant de s’enliser dans un sentier de VTT. Les jeunes seraient demeurés à l’intérieur de la voiture. L’agent de la Sûreté du Québec (SQ) se serait alors approché du véhicule qu’il a pris en chasse.

«Le coup de feu est parti»

«Il a fracassé la vitre du côté du chauffeur où mon fils était assis. Il a rentré son corps dans la voiture. Il a enserré mon fils comme s’il lui faisait une caresse avec le fusil accoté sur lui. Dominique Bernier mime une arme pointée sur la gorge de son fils. Il lui a donné l’ordre d’arrêter sinon, il tirait. Le coup de feu est parti», détaille-t-elle.

La femme ne sait pas exactement quand son fils a rendu son dernier souffle. «Ils nous ont dit dans la journée, mais on n’a pas su si c’était sur les lieux ni à quelle heure. On ne sait rien. On n’a rien voulu nous dire», soutient-elle.

C’est le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui se charge de l’enquête à l'époque puisqu’il y a eu mort d’homme durant l’intervention de l’agent de la SQ. En juin 2016, sept mois après les faits, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) décide de ne pas porter d’accusation contre le policier qui a ouvert le feu.

Dominique Bernier est sous le choc. «J’ai ressenti de la rage. Un enfant de 17 ans n’avait pas à mourir de cette façon-là. Il était dans le fond d’un boisé, pris dans un véhicule. Je pense qu’il y avait plusieurs autres façons d’intervenir. Je ne comprends pas», laisse tomber la maman.

Des petites conneries

Brandon n’était pas un mauvais bougre. C’était un ado qui prend parfois des décisions de manière impulsive. «Il faisait de petites conneries comme tous les jeunes de son âge. Il faisait de petits vols, il fumait de temps en temps un petit joint. Il  travaillait chez Tim Hortons. Il se débrouillait pour s’en sortir», avise-t-elle en toute transparence.

Depuis 17 mois, Dominique Bernier soutient qu’elle est incapable d’obtenir le moindre détail quant à la mort de son fils. Tout ce qu’elle a appris provient de l’ami de Brandon, témoin de l’événement au premier chef et traumatisé par ce qu’il a vécu, parvient seulement à en raconter des bribes. Ses souvenirs sont confus.

Mme Bernier assure avoir frappé à toutes les portes. «J’ai fait des demandes d’informations à l’hôpital, au SPVM, à la SQ, au DPCP, au coroner. Tout ce que l’on nous répond, c’est que le coroner n’a pas encore terminé son enquête, qu’ils ne peuvent pas me donner de réponse pour le moment.»

Obtenir des éclaircissements l’aiderait à faire son deuil. La mère incapable de travailler depuis la mort de son fils veut savoir ce qui c’est passé. C’est mon seuil espoir.»

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