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Action collective des militaires et fonctionnaires LGBT

«On m’a dit que j’étais une déviante sexuelle»

Marie Lessard | TVA Nouvelles

Il a fallu des années à Martine Roy pour reconstruire son estime personnelle et s’enlever de la tête qu’elle avait été traitée comme une criminelle après avoir été expulsée des Forces armées canadiennes parce qu’elle aimait les femmes. La jeune militaire a fait partie de la «purge LGBT» entreprise par le gouvernement fédéral afin d’identifier et expulser les gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres de l’armée.

Martine Roy s’est jointe à l’armée en 1981. Elle participait à un entraînement quand des membres de l’Unité des enquêtes spéciales l’ont forcée à les suivre. «Ils m’ont emmenée dans une petite maison. L'interrogatoire a duré quatre heures. Avec qui tu es? Avec qui tu couches? m’ont-ils demandé. J’avais 19 ans, j’avais eu un copain, là je venais de rencontrer une fille. Je ne savais pas si j’étais gaie ou pas. C’était un détail, 1% dans ma vie», détaille Mme Roy. Ce qui comptait pour elle à l’époque, c’était sa carrière qu’elle adorait, sa réussite dans les forces.

Durant son interrogatoire sur sa vie privée et sexuelle, Martine Roy affirme qu’on lui a fait miroiter que si elle disait la vérité, elle pourrait demeurer dans l’armée. C’est ce qu’elle a fait.

«J’ai signé des papiers et on m’a laissé partir. Quand je suis arrivée à Ottawa après avoir fini mon cours d’assistante médicale, un psychiatre a demandé à m’évaluer pour voir si j’étais normale. Il a fait son rapport, mais ce n’était pas clair. Je finissais mon contrat de deux ans, mais je voulais changer de métier. Je voulais être recherchiste en communication et ça prenait la cote top secret. Il a fait toute une enquête sur moi. [...] Deux mois plus tard, on m’a informée que j’étais congédiée parce que j’étais déviante sexuelle», fait-elle savoir.

Une dizaine d’années pour se rebâtir

La vie de la jeune femme a basculé en même temps que tous ses espoirs de faire carrière dans l’armée. Comment expliquer à un futur employeur que l'on est mise à la porte dû à son homosexualité? «J’ai eu l’impression d’être une criminelle. Ça m’a pris une dizaine d’années à m’en remettre. Ça a teinté ma vie. Je suis restée avec des séquelles. Je me suis battue et j’ai réussi à me trouver un emploi. Je suis chez IBM depuis 17 ans et je suis soutenue par l’entreprise qui a même le drapeau LGBT, sourit Martine Roy. Et aujourd’hui, on a décidé de faire un recours collectif.»

Des milliers d’hommes et de femmes qui auraient été discriminés, rejetés, traités comme des parias depuis des décennies par les Forces armées canadiennes en raison de leur orientation sexuelle veulent obtenir réparation. Ils ont d’ailleurs déposé en cour fédérale une action collective contre le gouvernement canadien pour congédiement de militaires et fonctionnaires LGBT.

 «Il y avait trois dossiers: celui de Todd Ross en Ontario, celui de Martine Roy au Québec et celui d’Alida Satalic dans l’Atlantique. On a décidé d’unir nos forces et d’aller de l’avant avec un seul recours qui regroupe tous les membres à travers le Canada. Les procédures vont de l'avant. On encourage ces milliers de personnes à visiter le site Purge LGBT à nous contacter. Plus on aura de témoignages, plus la cause sera solide», informe Me Audrey Boctor du cabinet Irving Mitchell Lalichmann, une des firmes d’avocats qui représente les demandeurs.

Martine Roy se sent assez forte aujourd’hui pour être l’une des figures de cette action collective. «Je me suis rebâtie avec mes collègues de chez IBM et ma famille», conclut-elle à la fois lucide et remplie d'espoir.

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Voici en substance ce que dit l’action collective pancanadienne entreprise contre le gouvernement:

 «Le recours vise à obtenir l’indemnisation de tous les employés actuels ou anciens des Forces armées canadiennes, du gouvernement du Canada ou des organismes fédéraux de la Couronne qui ont fait l'objet d'une enquête, ont été congédiés, arrêtés, sanctionnés ou menacés de sanction par le gouvernement du Canada en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur expression de genre, entre le 27 juin 1969 et aujourd'hui.»

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