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33e édition

Le Maroc en vedette au festival Vues d'Afrique

Ariane Labrèche | Agence QMI 

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Le festival Vues d’Afrique braque ses projecteurs sur le Maroc pour sa 33e édition.

Entre une sécularisation grandissante et un certain repli identitaire qui souffle sur l’Occident, ce rendez-vous cinématographique unique revêt une importance supplémentaire selon sa marraine et son parrain, Leïla Gouchi et Yanick Létourneau.

Pays millénaire, le Maroc est un véritable «patchwork» culturel. Entre peuples berbères amazighs, arabes et occidentaux se côtoie une panoplie de religions comme le christianisme, le judaïsme et l’islam.

Le simple décor du Salon Mogador, où sont attablés Yanick Létourneau et Leïla Gouchi, témoigne de cette richesse.

«La porte bleue représente Essaouira, la brune Marrakech, la crème Fès, et chaque lampe, chaque table, a une histoire», a expliqué Leïla Gouchi.

L’auteure-compositrice-interprète a remporté en 2005 le grand prix de l’émission «Studio 2M», l’équivalent de «Star Académie» au Maroc, et a notamment joué aux côtés de Rachid Badouri dans «Le toubib», film marocain d’Aziz Jahidi.

«Le Maroc, c’est un pays qui ne date pas d’hier. Je crois que ce qui fait sa beauté, c’est son ouverture exceptionnelle, et la détermination de son peuple à s’accrocher à son identité», a dit celle qui fait le pont depuis 15 ans entre sa terre d’accueil canadienne et son pays d’origine.

L’identité riche du Maroc est souvent méconnue ici, tout comme la majorité de la production cinématographique africaine.

«Il y a tout un cinéma qui émerge du continent africain et qui, en plus d’être pertinent, permet de se remplir l’imaginaire d’autre chose que ce qu’on voit aux nouvelles à la télévision. Vues d’Afrique est une des rares fenêtres que l’on possède sur ce qui se passe outre-Atlantique», a dit pour sa part Yanick Létourneau, réalisateur et producteur de films avec sa compagnie Périphéria, qui a notamment chapeauté le documentaire «Gûlistan, Terre de roses», sur les combattantes peshmergas qui se mesurent à l’État islamique en Irak.

Faire le pont grâce à l’écran

S’il est essentiel pour les communautés culturelles d’ici de pouvoir profiter de leur cinéma grâce au festival, Yanick Létourneau est d’avis que Vues d’Afrique est encore plus essentiel pour le public non-initié.

«En voyant ces films, on déconstruit nos préjugés et nos stéréotypes. L’Afrique en général n’est pas une terre à feu et à sang, et en voyant ces œuvres on réalise que les histoires d’amour que vivent un Burkinabé ou un Libyen ressemblent énormément aux nôtres», a-t-il indiqué.

Les différences entre le peuple québécois et ceux d’Afrique abondent tout de même, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

«Ça constitue à mon avis une richesse, et c’est pour ça qu’il faut aussi la reconnaître et l’apprivoiser», a affirmé Leïla Gouchi.

Cette dernière œuvre d’ailleurs énormément à la fusion des cultures québécoises et marocaines, planifiant notamment d’emmener Les Violons du Roy pour une série de concerts avec elle dans son pays d’origine.

«La différence est un atout, une nouvelle couleur, une saveur inédite, comme par exemple le thé que nous sommes en train de boire», a dit Yanick Létourneau, en prenant une gorgée de thé marocain sucré.

Après 33 ans, force est de constater que Vues d’Afrique résiste au passage du temps, malgré des financements difficiles et une offre singulière.

«Il y a une grande détermination de gens comme nous à vouloir faire vivre de tels moments au public, a lancé Leïla Gouchi. Quand on n’est pas convaincus, on ne peut pas convaincre. On a la conviction de montrer aux gens que la paix, la tolérance et la diversité, c’est universel.»

Le Festival international de cinéma Vues d’Afrique se déroulera du 14 au 23 avril 2017.