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Fin de campagne tendue après l'attaque à Paris

Béatrice Le Bohec et Gregory Danel | Agence France-Presse

LCN présente une émission spéciale sur le premier tour de l'élection présidentielle française dimanche dès 12h30

L'attaque sur les Champs-Elysées à Paris, qui a coûté la vie jeudi soir à un policier, a assombri la campagne présidentielle et accentué l'incertitude sur son issue, à deux jours du premier tour.

La fusillade, revendiquée par le groupe jihadiste État islamique (EI) à l'origine de la plupart des attentats qui ont fait 238 autres morts depuis 2015 en France, a blessé deux autres policiers et une touriste allemande.

Un message manuscrit défendant «Daech», acronyme arabe de l'EI, a été retrouvé près du corps du tueur, Karim Cheurfi. Un fusil à pompe, deux gros couteaux et un Coran ont également été découverts dans le véhicule de ce Français de 39 ans.

L'attaque a été qualifiée de «lâche et barbare» et condamnée par l'ensemble des grandes organisations musulmanes de France.

Vendredi sur l'avenue la plus célèbre de la capitale, l'anxiété restait palpable. «On n'est en sécurité nulle part», remarque Delphine Sousa, 55 ans, qui travaille dans le quartier.

«On est un peu effrayés. Mais le réceptionniste de l'hôtel nous a dit que tout allait bien», dit Yue Wu, une touriste chinoise de 24 ans.

Cette attaque au coeur de Paris aura-t-elle un impact sur l'élection, dont les quatre favoris sont dans un mouchoir ? Elle pourrait «être en mesure de faire bouger les lignes et resserrer les écarts», estime Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de l'Institut de sondages BVA.

Dès vendredi matin, les candidats de droite et d'extrême droite se sont saisis du sujet, appelant le gouvernement à durcir drastiquement une lutte antiterroriste qu'ils jugent insuffisante.

La patronne du parti Front national, Marine Le Pen, a ainsi demandé au président socialiste François Hollande un «ultime sursaut» et l'adoption immédiate d'une «réponse sécuritaire plus globale».

Sur le même ton, le conservateur François Fillon a appelé à être «lucide» sur une «guerre qui sera longue» et a égrené les mesures sécuritaires draconiennes qu'il appliquerait «d'une main de fer».

Le premier ministre Bernard Cazeneuve les a en retour accusés d'«instrumentaliser» l'événement, reprochant notamment à Marine Le Pen de chercher à «exploiter sans vergogne la peur et l'émotion à des fins exclusivement politiciennes».

Le jeune candidat centriste Emmanuel Macron a lui aussi dénoncé les «surenchères» de ses adversaires et promis une lutte «implacable» contre le terrorisme. «Notre premier devoir est un devoir de sang-froid», a lancé le champion de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.

À quelques heures de la clôture vendredi à minuit (22H00 GMT) de la campagne officielle, trois des quatre favoris - Mme Le Pen, MM. Fillon et Macron - ont annulé leurs derniers déplacements. Seul le chef du mouvement «La France insoumise», Jean-Luc Mélenchon, a maintenu un «apéro insoumis» vendredi soir à Paris.

«Rien ne doit entraver (le) rendez-vous démocratique» de la présidentielle, a estimé le Premier ministre, à l'issue d'un Conseil de défense.

L'attentat de Paris «aura un gros effet» sur l'élection française, a estimé le président américain Donald Trump. L'Iran a pour part condamné l'attentat tout en critiquant la politique de l'Occident pour ses «concessions» face aux «terroristes criminels» en Syrie.

Les enquêteurs s'interrogeaient vendredi sur le parcours de l'auteur de l'attaque. Dans sa revendication jeudi soir, le groupe EI l'avait identifié comme «Abu Yussef le Belge», ce qui ne semble pas correspondre au tueur de nationalité française.

Un homme portant ce nom et visé par un avis de recherche belge transmis jeudi aux services français s'est présenté vendredi matin dans un commissariat d'Anvers, selon le ministère français de l'Intérieur.

L'assaillant de Paris, Karim Cheurfi, 39 ans, avait déjà été condamné en 2005 à quinze ans de réclusion pour tentatives de meurtre notamment sur un policier en région parisienne. Il faisait l'objet d'une enquête antiterroriste et avait été arrêté le 23 février puis relâché le lendemain sur ordre de la justice, faute d'éléments, selon des sources proches de l'enquête.

Il semble avoir agi seul jeudi mais l'enquête devra déterminer s'il a bénéficié de complicités. Son domicile a été perquisitionné jeudi soir et trois membres de son entourage étaient entendus vendredi.

Salim, qui l'avait vu pour la dernière fois il y a quelques semaines, l'a décrit à l'AFP comme un type qui «a un grain». Pour un voisin, «ses actes, ses réactions, sa façon de marcher, son attitude étaient en décalage, comme s'il venait de Mars».

La France, sous le régime de l'état d'urgence depuis les attentats du 13 novembre 2015 (130 morts) vit dans la crainte de nouvelles attaques. Selon les autorités, un nouvel attentat a été déjoué mardi avec l'arrestation à Marseille (sud) de deux hommes soupçonnés de préparer «une action violente».

L'attaque des Champs-Elysées survient après plusieurs attentats en Europe ces dernières semaines: Londres (5 morts) en mars, Saint-Pétersbourg début avril (15 morts) et Stockholm le 7 avril (4 morts).

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