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Samedi dans le monde entier

Mobilisation mondiale pour défendre la science

Jean-Louis Santini | Agence France-Presse 

Des milliers de personnes devaient se rassembler samedi à Washington, dans d'autres villes américaines et dans le monde entier pour défendre la recherche scientifique, que certains jugent menacée par l'administration de Donald Trump.

Voyez le reportage en anglais de la chaîne américaine CNN dans la vidéo ci-dessus.

«Les scientifiques réalisent depuis ces dernières années que les faits scientifiques sont trop souvent ignorés dans les débats publics et sont remplacés par des opinions et des croyances idéologiques», a expliqué à l'AFP Rush Holt, président de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS), plus grande organisation scientifique généraliste, forte de 120 000 membres.

Ce phénomène est apparu il y a plusieurs décennies et s'est aggravé plus récemment, a estimé ce scientifique nucléaire, ancien élu démocrate de la Chambre des représentants.

Il a pointé le fait que le budget fédéral de la recherche représentait moins de la moitié de celui des années 1960 en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB).

«Nous ne pouvons pas simplement nous croiser les bras et supposer que tout le monde comprend à quel point la science est cruciale pour l'économie, la sécurité nationale, l'environnement, la santé humaine et bien d'autres choses», a souligné Eric Davidson, président de l'American Geophysical Union, en défendant cette marche soutenue par plus de 220 organisations scientifiques et instituts de recherche dans le monde.

Peu après son arrivée à la Maison-Blanche, M. Trump a signé des décrets pour démanteler les protections environnementales de son prédécesseur démocrate Barack Obama et a nommé à la tête de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) le climato-sceptique Scott Pruitt.

Il avait lui-même dit pendant sa campagne que le changement climatique était «un canular» et promis de retirer les États-Unis de l'accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, une décision encore débattue parmi ses conseillers.

Son premier projet de budget propose une baisse de 31% des fonds alloués à l'EPA et des coupes dans l'enveloppe de recherche des Instituts nationaux de la santé (NIH).

Les organisateurs de la marche insistent pour dire qu'elle n'est pas motivée politiquement. Mais certains scientifiques craignent qu'elle ne soit contre-productive, car perçue chez les conservateurs comme orientée à gauche.

«Une marche ne peut pas communiquer l'importance de la recherche, notamment sur le climat, à nos hommes politiques et aux Américains qui ignorent totalement la science», fait valoir à l'AFP, Robert Young, professeur de géologie à la Western Carolina University.

«Les scientifiques doivent changer la manière de communiquer avec ces groupes d'Américains», plaide ce géologue, en citant les populations rurales sans diplôme ou la classe ouvrière des petites villes économiquement sinistrées, qui ont formé le socle de l'électorat du milliardaire.

Selon lui, «la droite va accuser les organisateurs d'être manipulés par la gauche et (dire) que la science n'est qu'un prétexte pour cette marche».

L'idée de la Marche pour la science est née au lendemain de l'investiture de Donald Trump, quand des Marches des femmes ont été organisées dans tous les États-Unis et d'autres pays pour la défense des droits civiques, mobilisant plus de deux millions de personnes.

Un rassemblement à Washington est prévu à partir de 08H00 locales (12H00 GMT) sur l'artère verdoyante du National Mall à deux pas de la Maison-Blanche, avant un défilé en direction du Capitole, siège du Congrès.

Plus de 500 autres manifestations doivent se dérouler à travers les États-Unis et dans de nombreux pays et territoires depuis le Groenland jusqu'au Ghana en passant par l'Inde et le Chili. En France, treize villes organisent une marche.

Une autre Marche, pour le climat cette fois, est prévue le 29 avril.

 

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