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Un couteau en sa possession

Abattu par le SPVM: le dossier d’André Benjamin transféré au DPCP

Yves Poirier | TVA Nouvelles

Un an après la mort d'André Benjamin, ce citoyen de Montréal, abattu par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)  dans le cadre d'une opération qui avait soulevé de nombreuses questions, TVA Nouvelles a appris que le dossier a été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

C’est ce que la Sûreté du Québec (SQ) a confirmé via son porte-parole, Stéphane Tremblay. L’enquête est complétée, le dossier a été soumis au DPCP. Pour le moment, on ignore si des accusations seront autorisées contre un ou des agents du SPVM ou si le DPCP a déterminé qu’il n’y avait pas matière à accuser qui que ce soit.

Il y a presque un an jour pour jour, soit le 25 avril 2016, André Benjamin était abattu dans le cadre d'une opération policière dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, sur la rue Ontario, à l’angle de la rue Sicard.

Dans les heures suivant l’opération, le conjoint de M. Benjamin avait affirmé qu’il n'aurait jamais dû mourir de la sorte. «Les policiers ont sonné à la porte. André a ouvert et ensuite, j'ai entendu des coups de feu. Il y avait du sang partout, sur le plancher, des serviettes imbibées. J'étais à l'intérieur quand ça s'est produit», avait-il expliqué.

«Les policiers disent avoir utilisé le Taser, mais ils ont aussi tiré trois coups de feu. Il n'y avait aucune raison de le tuer, et ce, même s'il avait un couteau en sa possession. Ils auraient pu tirer dans les jambes ou épaules. Ils n'auraient pas dû l'abattre.»

Des voisins s'étaient aussi interrogés sur la rapidité avec laquelle les policiers auraient dégainé. «Selon moi, il n'y a pas eu de directive émise par les policiers entre le moment où ils se sont présentés ici et le moment où ils ont ouvert le feu», avait raconté l'un d'entre eux.

L’enquête avait été confiée à la SQ. Cette dernière affirmait l’an dernier qu'une arme à impulsion électrique avait été utilisée, qu'au moins un coup de feu avait été tiré et qu'un homme dans la soixantaine était en possession d'une arme blanche.

Résultat public

Le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Jean-Pascal Boucher, affirme que la décision, lorsqu'elle sera prise par le DPCP dans ce dossier au terme de son analyse, sera rendue publique, peu importe son résultat.

«Qu'on accuse ou pas, on rend toutes nos décisions publiques et on explique nos décisions. Tous nos communiqués en matière d'enquête indépendante sont publiés sur notre site internet», souligne Me Boucher.

Suicidaire

André Benjamin vivait dans ce triplex depuis 1988. Ceux qui y habitent l’ont dépeint comme un homme d’une gentillesse infinie.

La personne qui a téléphoné au 911 aurait mentionné que l’homme avait plusieurs couteaux en sa possession et qu’il avait fait une tentative de suicide, en essayant de se jeter du haut d’un balcon.

André Benjamin travaillait depuis 22 ans comme préposé aux bénéficiaires au centre Grace Dart d’Hochelaga-Maisonneuve.

Une action «posée rapidement»

Une voisine de M. Benjamin est heureuse de ce développement.

«C’est une action qui a été posée rapidement et à brûle-pourpoint, estime Anouk Lafrance. Ils sont arrivés sans s’annoncer, donc je suis contente qu’il y ait eu une enquête un peu plus poussée.»

Elle était présente dans l’immeuble au moment de la tragique intervention. La femme se rappelle «clairement» avoir entendu trois coups de feu. Elle espère que le triste événement pourra au moins permettre de changer les pratiques et de réévaluer procédures en vigueur lorsque des policiers interviennent auprès de gens ayant des problèmes de santé mentale.

«Quand on est entrés dans l’appartement plus tard avec son conjoint, on a réalisé qu’il faisait la cuisine, raconte-t-elle. Son couteau, est-ce qu’il l’a apporté parce qu’il a eu peur et qu’il faisait la cuisine en même temps? Ça nous pose des questions.»

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