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«Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent»

La fille de Gaston Mandeville lance son premier album: «J’étais très proche de mon père»

Marie-Claude Doyle | Agence QMI

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Lauréate du Festival de la chanson de Granby, Samuele a parcouru tout un chemin pour en arriver là. Fière d’où elle est rendue, l’auteure-compositrice-interprète et la fille du regretté Gaston Mandeville vient de lancer son premier disque, «Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent».

Samuele n’a rien de la fille sage qui veut à tout prix plaire aux autres. D’où le titre évocateur de son premier disque: «Les filles sages vont au paradis», les autres vont où elles veulent».

«Je pense qu’être sage, c’est répondre aux attentes des gens; et toutes les années où j’ai essayé de répondre à ces attentes, je n’ai rien fait d’extraordinaire. Le jour où je me suis détachée de ça, c’est là que j’ai trouvé qui j’étais et que j’ai commencé à m’éclater. J’ai envie de propager la bonne nouvelle qu’il faut être soi-même et arrêter de vouloir plaire, sinon ça ne sera pas le fun.»

Surmonter l’échec

La vie lui a appris à forger sa personnalité en devenant la jeune maman d’un garçon, aujourd’hui âgé de 10 ans. «C’est compliqué de gérer la musique et d’être parent, mais ma mère est là et elle m’aide beaucoup, et mes amis aussi.»

À l’époque de son premier mini-album, «Le goût de rien», paru en 2011, l’auteure compositrice-interprète était mère de famille monoparentale, travaillait à temps plein et préparait son disque.

Elle s’est épuisée. «J’ai souvent fait des dépressions dans ma vie. Je l’aborde ouvertement sur mon album «Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent». J’avais besoin de guérir du «Goût de rien» parce que c’était un échec. J’avais mis tout mon argent là-dedans, et ça n’avait pas décollé. J’avais envie de retourner en studio et de vivre une expérience positive, sans attente ni pression, et de faire l’album que j’avais envie de faire. C’est ce que j’ai fait avec «Z’album» (un mini-album sorti en 2015). Après ça, je suis passée aux Francouvertes, et les choses ont commencé à décoller.»

En 2016, elle a remporté le Festival international de la chanson de Granby. Puis, elle vient de sortir son premier disque aux sonorités folk-rock, blues et groovy, où elle mêle le «spoken word» à la chanson.  «Le «spoken word» est une façon d’aller plus loin dans mon expression.»

Son parcours l’entraînera d’ailleurs en Suisse, en Belgique et en France, en septembre prochain, pour une tournée de spectacles.

Un papa attentionné

Son père, Gaston Mandeville, est décédé d’un cancer des os le 16 juin 1997. Samuele avait 11 ans; elle en a 31 aujourd’hui. L’artiste garde de beaux souvenirs de son paternel. «Mon père travaillait dans son studio à la maison et, pour moi, son studio était comme un Disneyland. J’avais le droit de jouer de ses instruments et je le suivais en tournée durant l’été. Je tripais beaucoup. Pour le reste du monde, c’était un chanteur, mais pour moi, c’était un papa. J’étais très proche de mon père.»

S’affirmer en tant que queer

Toutefois, elle a choisi de faire carrière sans son patronyme. «Quand j’ai commencé à faire de la musique, je n’avais pas envie d’être la fille de... Aujourd’hui, ce n’est plus un problème parce que j’ai assez de personnalité pour ne pas être la fille de personne. Je suis très fière du parcours de mon père, mais je pense que je lui ressemble beaucoup et qu’il aurait fait pareil s’il avait été à ma place. Mon prénom, je l’aime beaucoup; il est très évocateur parce qu’il est non genré, et c’est mon vrai prénom», explique celle qui a décidé de vivre publiquement le fait qu’elle est queer.

«Ça m’a pris du temps avant de faire mon coming out parce qu’il n’y avait pas de modèle. Là, je me dis que j’ai l’occasion d’en être un. C’est dans ma nature d’être transparente et de partager les choses.»

A-t-elle l’âme d’une rebelle? «J’ai une force de caractère que mon père avait aussi. Il a toujours fait les choses à sa façon et avec beaucoup d’amour. J’ai un peu la même approche. Je réfléchis et je fais mes propres choix. Donc, oui, je suis rebelle!»

Revenant sur son passage aux «Francs-tireurs» en décembre dernier où il était question de queer, de pansexualité et de bisexualité, Samuele raconte: «Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit qu’ils avaient regardé ça avec leur famille, leurs collègues ou autres et que ça avait déclenché une discussion.»

Samuele est d’ailleurs engagée auprès du GRIS-Montréal, un organisme qui démystifie l’homosexualité et la bisexualité dans les écoles. «Je vais dans les classes au secondaire et au cégep. J’ai un contact direct avec les jeunes et j’ai l’impression de faire une différence pour vrai.»

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