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Cinéma

Projection mouvementée pour le premier film de Netflix à Cannes

Nicolas Pratviel | Agence France-Presse

Des sifflets, une interruption de plusieurs minutes et finalement des applaudisements: Okja du Sud-Coréen Bong Joon-ho, premier film Netflix en lice pour la Palme d'or, a connu un début de projection haut en couleurs vendredi au festival de Cannes.

Nul ne sait encore l'accueil qui sera réservé à Okja à 19h00 en projection officielle. Mais celle réservée à la presse à 8h30 a été riche en émotions pour son équipe.

Elle s'est terminée sur une note positive avec des applaudissements des spectateurs plutôt conquis par ce film grand public, qui raconte le combat d'une jeune fille sud-coréenne pour ramener dans sa montagne, son meilleur ami, un immense cochon génétiquement modifié, qui lui a été repris par la compagnie américaine à l'origine de la création de l'animal.

Rappelant l'univers du réalisateur japonais de films d'animation Hayao Miyazaki, ce film se double de plusieurs messages, en faveur de l'écologie et contre le capitalisme.

Deux heures plus tôt, la projection avait très mal débuté au Grand Théâtre Lumière du Palais du Festival: le rideau n'était pas complètement levé sur l'écran pendant les premières minutes du film, et en masquait les 3/5e, comme par exemple la tête de l'actrice principale, la Britannique Tilda Swinton.

Dans la salle pleine pour cette première très attendue et controversée, des cris ont fusé pour alerter les techniciens du théâtre.

«Ha! c'est vraiment pas fait pour le cinéma», s'est exclamé un spectateur dans une allusion à la plateforme américaine aux 100 millions d'abonnés tandis qu'un autre critiquait «une bande d'incompétents». La projection a repris depuis le début après 7 à 8 minutes d'interruption.

Interrogé sur cet incident en conférence de presse, le rélisateur Bong Joon-ho a dédramatisé: «Il y a toujours des problèmes techniques dans les festivals, alors là, je suis très heureux que vous ayez pu voir les premières séquences deux fois».

Tout au début du générique, le logo Netflix avait été accueilli par des sifflets.

Depuis l'annonce de la sélection d'Okja et de l'autre film distribué par Netflix, The Meyerowitz Stories, réalisé par Noah Baumbach et qui sera en lice dimanche, un bras de fer oppose la plateforme américaine aux défenseurs des salles de cinéma.

Le géant du streaming ne prévoit pas de sortir dans les salles françaises ces deux oeuvres. Ce qui a bousculé le milieu du 7e art et scandalisé les exploitants des salles françaises.

Sous la pression, les organisateurs du festival ont modifié leur règlement, imposant à partir de 2018 que tout film en compétition s'engage à sortir en salles.

Mercredi, au premier jour du Festival lors de la présentation à la presse du jury, c'est son président, l'Espagnol Pedro Almodovar lui-même, qui a relancé la polémique.

Le réalisateur de 67 ans a estimé que la Palme d'or devrait sortir en salles. «Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d'or ou un autre prix décerné à un film ne puisse pas être vu en salles», a-t-il dit.

«Il (Almodovar) peut dire ce qu'il veut. Je suis heureux d'avoir mon film ici. Je suis fan de Pedro et quoi qu'il arrive en bien ou en mal, ça me plait», a répondu vendredi Bong Joon-ho.

Son actrice, la Britannique Tilda Swinton, qui partage l'affiche avec l'Américain Jake Gyllenhaal (Prisoners), a elle été plus critique, jugeant que ces propos «ont compromis les chances» d'Okja de figurer dans le Palmarès, tout en reconnaissant que le président du jury avait le droit de «dire ce qu'il veut».

La pression mise sur Netflix par Almodovar n'avait pas plu à tous ses jurés. La star Will Smith avait exprimé une position plus nuancée. «Chez moi, Netflix est utile car (les gens) peuvent voir des films qu'ils n'auraient pas pu voir autrement», a-t-il plaidé, sans préciser que son prochain film Bright est produit par ce nouvel acteur majeur de la production cinématographique.

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