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Film d'Albert Serra

«La mort de Louis XIV»: une (trop) longue agonie

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMI

Capture d'écran YouTube

Quand on pense à Louis XIV, on pense au monarque flamboyant, à Versailles, aux guerres et à la débauche (de luxe et autres). On ne pense jamais aux dernières heures du Roi-Soleil, monarque au règne le plus long de l’histoire de France avec ses 72 ans sur le trône.

C’est cette méconnaissance à laquelle le cinéaste Albert Serra se propose de remédier avec son «La mort de Louis XIV», mettant Jean-Pierre Léaud dans le rôle du souverain.

Filmé souvent de profil, coincé dans son lit d’agonie, perruque de cheveux bruns bouclés solidement visée sur la tête, ce Louis XIV n’a plus rien de majestueux, même si les courtisans et médecins lui donnent du «sire» à qui mieux mieux. Sa jambe est gangrénée, il ne peut bouger qu’à l’aide d’un fauteuil roulant, il râle. Il réclame de l’eau en pleine nuit, mais exige ensuite qu’on la lui serve dans un verre en cristal, rien de moins.

Les médecins - qui ressemblent, époque oblige, à ceux de Molière et on sait toute l’affection que le dramaturge leur portait - pérorent, discutent, s’ébahissent d’être tous du même avis. Leurs dialogues sont surréalistes. «Les maladies sont une sublimation du corps», disent-ils avant de parler de trépanation (!) pour «tout remettre en mouvement», comme si d’ouvrir le crâne de ce vieillard de 76 ans pouvait le rendre immortel.

Au-delà de la cruauté de ces moments - et il y en a d’autres, notamment avec le prêtre attaché au roi -, Albert Serra montre également le fonctionnement politique et militaire du pays, Louis XIV continuant, en pleine agonie, à prendre connaissance de certains dossiers, comme celui des fortifications d’un port.

Adaptation des «Mémoires» de Saint-Simon et des «Mémoires» du Marquis de Dangeau, le scénario, coécrit par le cinéaste, se veut aussi fidèle que possible à la réalité. Comme l’a d’ailleurs expliqué Albert Serra, «certaines de ses paroles y sont rapportées mot pour mot, tout comme les états successifs de la jambe malade du monarque, qui sont décrits avec ce que cela suppose de détails sordides».

Le tout est non seulement sordide, mais d’une lenteur exaspérante avec ses 115 minutes de détails, de râles, de cris et de douleurs. Certes, les scènes ont l’air de tableaux, l’éclairage et les couleurs sont d’une beauté rare. Mais cela n’enlève pas au long métrage son étrange fascination - qu’on ne peut se défendre de trouver malsaine - avec la mort.

Note: 2,5 sur 5

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