/news/world

Rapatrié dans le coma

L'étudiant américain libéré par Pyongyang est décédé

Agence France-Presse

L'étudiant américain Otto Warmbier, rapatrié le 13 juin dans le coma après un an de détention en Corée du Nord, est décédé lundi, le président Donald Trump dénonçant un régime nord-coréen «brutal», dont les relations avec les États-Unis sont déjà extrêmement tendues.

«Entouré par sa famille qui l'aime, Otto est décédé aujourd'hui à 14H20» (heure locale), a écrit la famille d'Otto Warmbier.

Quand le jeune homme est revenu chez lui, à Cincinnati, dans l'Ohio (nord), il présentait de graves lésions cérébrales, selon ses médecins. «Il était incapable de parler, incapable de voir et incapable de réagir à des commandes verbales. Il semblait très mal à l'aise, presque angoissé», a rappelé sa famille lundi.

Mais «bien que nous ne n'allions plus jamais entendre sa voix, en une journée la contenance de son visage avait changé - il était en paix. Il était chez lui et nous pensons qu'il pouvait le sentir», ont ajouté ses parents Fred et Cindy.

Sa famille a dénoncé à nouveau «les mauvais traitements, atroces et barbares» que leur fils a subis selon eux en Corée du Nord, où il avait été arrêté en janvier 2016 pour avoir tenté de voler une affiche de propagande.

Présenté à la presse étrangère quelques semaines après son arrestation, Otto Warmbier avait déclaré, en pleurs, avoir fait «la pire erreur de (sa) vie».

Venu en Corée du Nord dans le cadre d'un voyage organisé pour le Nouvel An, il avait été jugé en moins d'une heure et condamné à 15 ans de travaux forcés en mars 2016.

Peu après son procès, il avait plongé dans un coma dont les causes restent inconnues, selon ses médecins. Le type de lésions neurologiques dont il souffrait résulte d'ordinaire d'un arrêt cardio-respiratoire.

L'équipe médicale avait d'autre part démonté l'explication fournie par le régime nord-coréen en indiquant n'avoir pas relevé de trace de botulisme dans l'organisme du jeune homme.

Portant la veste de son fils sur ses épaules, Fred Warmbier avait exprimé son émotion et son indignation jeudi lors d'une conférence de presse, se disant «fier» de son fils, «qui s'est retrouvé chez un régime paria ces 18 derniers mois, maltraité et terrorisé».

La mort d'Otto Warmbier survient dans un contexte de tensions exacerbées entre les États-Unis et la Corée du Nord sur le programme d'armement nucléaire que Pyongyang continue de développer.

Le régime communiste, qui a un piètre bilan en matière de droits de l'homme, est isolé sur la scène internationale en raison de ses ambitions militaires. La Corée du Nord a multiplié les tirs de missiles depuis le début de l'année, suscitant à chaque fois la colère de Washington et les condamnations de l'ONU.

Trois Américains sont toujours détenus en Corée du Nord, deux hommes qui enseignaient dans une université de Pyongyang financée par des groupes chrétiens étrangers et un pasteur Américano-Coréen accusé d'espionnage au profit de Séoul.

D'anciens détenus comme Kenneth Bae ont fait état de longues journées de labeur, de problèmes médicaux et d'abus psychologiques. Mais d'autres ont parlé de conditions de détention tolérables.

Reste à savoir si la mort de l'étudiant va porter un coup fatal à la stratégie nord-coréenne --bien huilée-- des otages, qui servent de monnaie d'échange diplomatique.

Des spécialistes ont jugé improbable que Pyongyang ait délibérément fait plonger un ressortissant américain dans le coma.