/news/society

Une pénurie redoutée

Ils craignent de ne pouvoir cultiver leur pot chez eux

Boris Proulx | Agence QMI 

Boris Proulx / Journal de Montréal

La légalisation du cannabis par le gouvernement Trudeau ne permettra pas aux producteurs de pot artisanal d’en produire suffisamment, dénoncent des patients qui redoutent une pénurie.

«Le programme fédéral ne nous permettra pas d’être autosuffisants. On aura besoin d’acheter constamment auprès des gros joueurs de l’industrie», dénonce Martin Labbé, qui a déjà produit son propre cannabis à la maison.

Il craint que la légalisation aux fins récréatives provoque une pénurie de cannabis médical, d’où l’importance pour les patients d’en faire pousser eux-mêmes en grande quantité.

«Potriote»

«La nouvelle loi permet seulement [quatre] plantes de moins d’un mètre à la maison. C’est irréaliste. Les patients vont devoir se tourner vers les producteurs licenciés [par Santé Canada] pour être dans la légalité, alors que les cultures artisanales resteront illégales», dénonce le militant en marge d’une manifestation qui s’est déroulée devant le parlement à Ottawa hier.

Le Montréalais de 42 ans rêve de produire sa propre sorte de cannabis artisanal, qu’il a déjà nommé «Le Potriote», un peu comme une microbrasserie produit sa bière.

Raison médicale

M. Labbé consomme depuis une dizaine d’années pour diminuer ses tics nerveux provoqués par le syndrome Gilles de la Tourette et a déjà fait pousser jusqu’à 25 plants chez lui.

Sa production entrait dans la zone grise de la loi, puisqu’il lui était permis de produire à la maison suffisamment pour sa prescription de cinq grammes de «cocottes» par jour.

Il aimerait que les restrictions tombent pour de telles productions artisanales après la légalisation promise par le gouvernement Trudeau. Or, cela n’est pas dans les plans du gouvernement.

Cultiver plus de plants pour consommation personnelle sera toujours possible sur autorisation d’un médecin, ce qui est plus difficile à obtenir au Québec qu’ailleurs au Canada selon Loretta Clark, 58 ans et consommatrice depuis l’âge de 12 ans.

Elle a déménagé de l’Ontario au Québec il y a une dizaine d’années, et a été très déçue de constater que le code de déontologie des médecins québécois leur interdit de prescrire le produit à leurs patients.

Pas reconnu

«Est-ce que c’est parce qu’il y a beaucoup de compagnies pharmaceutiques au Québec qui produisent des médicaments qui pourraient être remplacés par du cannabis?» demande-t-elle.

Le Collège des médecins du Québec indique qu’il ne reconnaît pas la marijuana comme un traitement médical «suffisamment éprouvé». Seuls des patients inscrits dans le cadre d’une recherche peuvent obtenir une prescription.

Le plus gros producteur de cannabis homologué au Canada, Canopy Growth, indique pour sa part que le projet de loi actuel «permet les petites entreprises.»

Son porte-parole Adam Greenblatt invite les aspirants petits producteurs comme M. Labbé à s’enregistrer légalement, pour peu qu’ils soient sérieux dans leur démarche.

Dans la même catégorie