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Réseau de la santé

Le nombre de congés de maladie pour santé mentale explose

Héloïse Archambault | Agence QMI

Le nombre d’employés du réseau de la santé en arrêt de maladie pour des problèmes psychologiques est en forte croissance depuis quelques années. Un bilan «dévastateur» que plusieurs attribuent à la réforme Barrette.

«C’est dévastateur, réagit Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), un syndicat d’infirmières. La réforme de M. Barrette rend notre monde malade.»

«Vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu’on vit, confie anonymement une travailleuse sociale présentement en arrêt de travail. On est toutes sur les pilules, toute la gang. Si on veut continuer, on n’a pas le choix.»

«Cordonniers mal chaussés»

En effet, le nombre d’employés en congé de maladie pour des problèmes de santé psychologiques est en croissance partout dans le réseau, montrent les données obtenues par «Le Journal de Montréal» grâce à la Loi d’accès à l’information.

«On est des cordonniers mal chaussés», pense Jeff Begley, président du syndicat de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est, le nombre de dossiers ouverts a augmenté 55% depuis cinq ans. Le CISSS de l’Estrie et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) obtiennent aussi des hausses marquées, de 47% et de 35%.

Évidemment, les problèmes personnels influencent la santé mentale des employés. Or, tous les intervenants du réseau qui ont parlé au «Journal de Montréal» ont souligné que les fusions de la réforme ministérielle implantée en 2015 ont créé un bouleversement majeur.

Grand stress

Surcharge de travail, incertitude, compressions: beaucoup d’employés, y compris les cadres, ont subi des répercussions.

«Pour nous, c’est une problématique sérieuse causée par des transformations majeures depuis trois ou quatre ans, avoue Richard Fahey, directeur des ressources humaines au CUSM. On prend ça au sérieux.»

D’ailleurs, des directions de CISSS prennent des mesures pour contrer le problème.

À l’hôpital Sainte-Justine, la direction a écrit au «Journal de Montréal» que les motifs personnels étaient «principalement la cause première de l’invalidité», et qu’il était difficile de faire un lien avec le travail.

«Ils [gestionnaires du réseau] sont déconnectés du terrain, réagit M. Begley. Si on veut s’assurer que ça ne s’améliore pas, c’est la réponse parfaite. Ça n’a pas d’allure.»

«Tombent au combat»

Selon un professeur de ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal, la philosophie de gestion actuelle est «mauvaise».

«L’idée qu’il faut faire plus avec moins, c’est catastrophique parce que ça crée de la compétition entre les gens, dit Angelo Dos Santos Soares. La réforme, elle enfonce le clou un peu plus. C’est comme la cerise sur le sundae.»

«On leur demande d’aller toujours plus vite et on remet en question leur expertise. Certains s’en sortent, d’autres tombent au combat», dit Mme Laurent.

À noter que les durées des absences sont très variables (de quelques semaines à plus d’un an). Par ailleurs, ces congés de maladie coûtent cher au réseau. Au CUSM, la facture d’assurance-salaire et de retours progressifs a atteint 5,5 millions $ l’an dernier. Toutefois, plusieurs directions de CISSS n’étaient pas en mesure de fournir de données précises.