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Clerc de Saint Viateur

Des sourds abusés par des clercs sont mécontents

Michael Nguyen | Agence QMI

Le directeur général du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain, Gilles Read

ELIZABETH LAPLANTE / AGENCE QMI

Le directeur général du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain, Gilles Read

Plus d’un an après le jugement historique accordant 30 millions $ à 194 sourds abusés par les Clercs de Saint-Viateur, plusieurs victimes sont convaincues que certains ont menti pour avoir une plus grosse part du gâteau.

«Nous sommes une petite communauté, on se connaît, et il y a des gens qui disent ouvertement avoir “crossé” le système», a confié un sourd au «Journal de Montréal». Étant donné qu’il est une victime d’abus sexuel, son nom ne peut être révélé.

En tout, le «Journal de Montréal» a écouté une vingtaine de témoignages de sourds concernant les «fausses victimes» qui auraient fait perdre des milliers de dollars aux «vraies victimes». Les émotions varient entre frustration, colère et déception.

Mais tous espèrent que leur expérience permettra d’améliorer le système.

«J’ai été mis au courant de la situation, affirme le directeur général du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain, Gilles Read. Tous sont d’avis que les avocats ont bien travaillé dans le dossier, mais plusieurs souhaiteraient voir des ajustements s’il y a une prochaine fois.»

Sévices

Les agressions vécues par ces sourds remontent jusqu’aux années 40, et ont perduré pendant 42 ans à l’ancienne Institution des Sourds de Montréal située sur le boulevard Saint-Laurent.

Des décennies plus tard, un recours collectif a été lancé, pour finalement se conclure à l’amiable. Les Clercs de Saint-Viateur ont dû verser 20 millions $, tandis que l’Institut Raymond-Dewar a déboursé 10 millions $ aux victimes.

Fait à noter, les victimes n’ont pas eu à défendre leur version des faits lorsqu’ils ont été rencontrés. Ils ont seulement eu à expliquer les sévices qu’ils avaient subis, tel que l’avait prévue l’entente à l’amiable.

Exagérations

«Ça a été très dur de revivre ces moments, a confié une des victimes au Journal. Il y a eu beaucoup d’émotions. Et franchement, je ne me considère pas plus heureux avec l’argent que j’ai reçu.»

Si de nombreuses victimes ont été soulagées d’être crues sans devoir se défendre, elles craignent toutefois que certains en aient profité pour exagérer les sévices.

Des sourds qui ont été violés affirment par exemple que ceux qui ont subi des attouchements ont reçu le même dédommagement, qui variait de 100 277 $ à 150 415 $. Treize familles de sourds depuis décédés ont reçu 50 139 $ chacune.

«Il aurait peut-être fallu interroger un peu plus chaque personne, le partage des sommes n’a pas bien été justifié», croit un sourd.

Un autre déplore quant à lui qu’une quarantaine de victimes se soient manifestées seulement après l’annonce du règlement.

«C’est décevant, a-t-il dit. Peut-être qu’il aurait fallu plusieurs adjudicateurs [pour évaluer les dommages]. Le dossier est clos, c’est trop tard pour changer quoi que ce soit, mais j’espère que la justice pourra s’adapter, si une situation similaire survient à nouveau.»

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