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Projet de loi américain

L'absence de John McCain du Sénat force un report du vote sur la santé

Agence France-Presse

Nouveau rebondissement dans la saga de la réforme du système de santé: le républicain John McCain sera absent du Sénat cette semaine après une intervention chirurgicale et ne pourra pas voter, forçant un report de l'examen de cette loi, pour laquelle sa voix est indispensable.

Il en est ainsi du Sénat américain, très exclusive chambre haute du Congrès avec seulement 100 sièges, deux pour chacun des 50 États fédérés. Les majorités y sont souvent minces et la différence entre l'adoption et le rejet d'un texte peut ne reposer que sur un seul membre.

Chaque élu doit voter en personne, les procurations n'étant pas permises.

John McCain, ancien candidat à la Maison-Blanche âgé de 80 ans, est l'un des 52 sénateurs de la majorité républicaine. Le groupe démocrate compte 48 membres. Au dernier comptage, deux républicains sont opposés au texte sur la santé, ce qui nécessite le soutien des 50 autres.

Le sénateur McCain, qui était présent au Congrès la semaine dernière apparemment dans sa forme habituelle, a subi une craniectomie (détachement d'un volet du crâne, au niveau du sourcil) vendredi à Phoenix, dans son État de l'Arizona, afin de retirer un caillot sanguin de cinq centimètres au-dessus de son oeil gauche. Une intervention qui nécessite une convalescence à son domicile au moins toute cette semaine, a annoncé son bureau.

Mais le sénateur a eu des mélanomes (cancer de la peau) dans les années 1990 et 2000, notamment un plus sérieux à la tempe gauche en 2000. Ces antécédents peuvent ou non être liés au caillot, ce que des analyses en cours doivent déterminer.

Pour le médecin Norberto Andaluz, neurochirurgien à la clinique Mayfield à Cincinnati qui a réalisé de nombreuses interventions de ce type, le temps de convalescence dépendra de l'impact de la procédure sur le cerveau du sénateur.

«Je ne serais pas surpris qu'ils souhaitent le garder au repos pendant deux semaines», dit le médecin à l'AFP.

Ce qui reporterait à la première semaine d'août l'examen du plan républicain d'abrogation partielle d'«Obamacare», la loi démocrate sur la couverture maladie de 2010.

Or la majorité avait prévu d'ouvrir ce mardi les débats afin de concrétiser enfin leur promesse de débarrasser l'Amérique d'Obamacare, avec un vote final initialement prévu aux alentours de vendredi.

Ce devait pourtant être l'une des premières grandes lois votées par le Congrès après l'entrée en fonctions de Donald Trump en janvier, mais les accidents de parcours se sont multipliés. Il y eut d'abord une fronde à la Chambre, puis une autre au Sénat en juin. Aucun stratège n'imaginait au début de l'année que l'été serait consacré à la santé.

La réforme prévoit de réduire les aides publiques au système de santé, de supprimer des réglementations et des impôts créés par Obamacare, et de donner plus de souplesse aux assureurs privés dans ce qu'ils doivent et ne doivent pas couvrir.

Elle est controversée. Les démocrates sont unanimement opposés, et les républicains divisés.

D'un côté, des ultra-conservateurs regrettent qu'elle n'aille pas assez loin dans le démantèlement de la loi de Barack Obama. De l'autre, les modérés s'inquiètent des coupes franches dans le budget de la santé, qui frapperaient les populations les plus vulnérables, notamment parmi les personnes suivant un traitement contre l'addiction aux opiacés, ou celles vivant dans les zones rurales, où l'accès aux soins dépend déjà fortement du système public.

Les chefs républicains ont donné des concessions à ces factions rivales sous la forme d'amendements, mais le suspense demeure sur leur capacité à limiter les défections et à sauver le texte.

Pour les républicains, il en va cependant de leur parole. Depuis 2010, ils ont fait campagne en permanence pour abroger Obamacare.

Un échec serait l'aveu humiliant que leur promesse n'a jamais été réaliste. Sans compter qu'entre temps, l'opinion américaine a changé sur Obamacare: selon un sondage du Washington Post, la moitié des Américains préfèrent Obamacare au projet républicain, qui n'est préféré que par 24% des personnes interrogées.

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