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Un modèle importé du Saguenay

Une clinique pour contrer l’obésité infantile

TVA Nouvelles

Une clinique de Montréal s'attaque à un problème de santé grandissant au Québec: l'obésité infantile, un phénomène qui touche près d'un jeune sur six.

Plus de la moitié de la population québécoise a un surplus de poids et 18% souffrent d'obésité.

Les jeunes sont eux aussi de plus en plus affectés avec 15% d'obèses, une véritable épidémie, selon la Santé publique. À tel point que le réseau de la santé doit s'organiser pour faire face à ce phénomène de taille en créant des cliniques contre l'obésité infantile, dont une vient d'ouvrir ses portes, avenue Mont-Royal, à Montréal.

Une famille vient y rencontrer la Dre Julie St-Pierre, pédiatre et chercheuse à la Clinique 180. En 2013 elle a fondé une clinique contre l'obésité infantile à l'Hôpital de Saguenay. Elle a décidé de recréer le modèle dans la métropole pour répondre aux besoins du réseau de la santé.

Elle reçoit dans son cabinet Mathieu, qui a 12 ans et souffrait d'embonpoint. Il y a quatre ans, ses parents ont décidé de la consulter.

«Étant donné notre génétique et mon problème de diabète, on a décidé de régler le problème tout de suite pour notre fils», raconte sa mère, Julie Morin.

Elle souffre de diabète de type 2 et a déjà eu des problèmes de poids. Elle voulait protéger ses deux fils et éviter aussi qu'ils subissent de l'intimidation comme elle.

«On me disait des choses blessantes. Je me cachais. J'étais gênée», raconte-t-elle.

Son fils Mathieu est fier de lui. Il a fait énormément de progrès depuis sa première rencontre avec la Dre St-Pierre.

«Quand mon père me montre des photos de moi, il y a quatre ans, je trouve que j'ai beaucoup changé», témoigne le jeune ado.

À ses côtés, son frère cadet, Alec, s'interroge. «Je ne comprends pas. J'ai de mes amis qui ne font pas de sport, mangent des cochonneries, et ils sont minces!»

Bien que les gènes puissent être en cause et que faire de l'exercice soit important, c'est surtout l'alimentation qui entraîne l'obésité.

Sucre ajouté

«En moyenne, un jeune Canadien consomme entre 100 et 125 grammes de sucre ajouté par jour alors qu'un enfant de 5 ou 6 ans a droit à 12 grammes par jour», affirme la Dre St-Pierre.

Depuis sept ans, 500 familles ont été prises en charge à Saguenay, avec l'aide d'infirmières et de nutritionnistes. Le taux de succès atteint 80%.

Les jeunes sont référés par un médecin de famille. La clinique est un organisme à but non lucratif financé par des dons.

Si Julie St-Pierre s'attaque aux problèmes de l'obésité chez les jeunes, c'est parce qu'elle a été marquée dans son enfance.

«Ma mère était obèse morbide et a fait son premier infarctus à 40 ans», relate-t-elle.

Michelle Obama

En 2010, aux États-Unis, la Dre St-Pierre a fait partie du comité consultatif pour la création d'une politique nationale sur l'obésité des jeunes enfants créée par la première dame des États-Unis, Michelle Obama.

Elle veut en quelque sorte reproduire ce programme au Québec avec l'aide des CLSC, des groupes de médecine et des hôpitaux.

«J'ai vu des enfants de 2 ans et demi et 3 ans souffrir d'obésité morbide et d'autres de 4 à 5 ans avoir un diabète de type 2, ce qu'on voyait auparavant chez des personnes âgées de 65 ans et plus», poursuit la pédiatre.

L'obésité représente des coûts de 30 milliards par année au Canada.

«Ce qui est triste, ajoute la Dre St-Pierre, c'est que nos enfants, les jeunes que je traite, constituent la première génération qui va vivre moins longtemps que nous.»

Les parents de Mathieu et Alec ont prouvé qu'on peut cependant changer les choses.

«C'est à nous en tant que parents à montrer le droit chemin à nos enfants pour qu'ils vivent longtemps», s'exclame Sébastien Fortier, père de Mathieu et Alec.

-D’après un reportage d’Harold Gagné