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Enlisé jusqu'au cou dans un silo à grains

«Si mon frère n’avait pas été là, je serais mort»

Yanick Poisson | Agence QMI

Un agriculteur enlisé jusqu’au cou dans un silo à grains doit la vie à son frère cadet qui est intervenu pour arrêter le mécanisme et appeler les secours.

«J’avais du maïs jusqu’au cou. Chaque fois que je parlais, j’en avalais. Je n’étais pas capable de sortir, j’ai essayé de me pousser avec mes mains, mais il n’y avait pas de solide. J’ai bien cru que j’allais y rester. Si mon frère n’avait pas été là, je serais mort», a lancé hier Richard Parenteau, à peine remis de ses émotions.

 

L’agriculteur de 61 ans tentait de vider un silo sur sa ferme de Wickham, près de Drummondville, lorsqu’il a vu la mort de près, mardi. Constatant que le grain semblait bloqué, l’agriculteur y est entré afin de défaire les amas causés par l’humidité.Sable mouvant

Mais voilà qu’il s’est enlisé jusqu’aux épaules dès qu’il a mis le pied dans le cylindre. L’homme a beau être fermier depuis tout près de 40 ans, il n’avait pas prévu le coup.

La vis de déchargement continuait de tourner, tirant M. Parenteau vers le bas du silo. S’il bougeait, il s’enfonçait dans les grains comme dans des sables mouvants. Pendant ce temps, son frère, Raymond Parenteau, s’est aperçu à son tour d’un problème avec l’écoulement de grains. Celui qui travaille aussi sur la ferme familiale a eu la présence d’esprit d’aller jeter un œil. C’est à ce moment qu’il a vu que son frère était en danger.

Il est descendu dans le bâtiment. Il a tenté de le sortir en le tirant par le bras, sans succès. Après plusieurs minutes d’effort, il est allé arrêter la vis afin de stopper la descente de son frère, puis a composé le 911.

«Chanceux»

Lorsqu’il a reçu un appel pour un homme coincé dans un silo, le chef des pompiers Richard Hébert a eu un frisson.

«Il a été chanceux. La plupart du temps lorsqu’on a des appels pour des gens pris dans des silos, ils sont déjà morts à notre arrivée. On recommande d’ailleurs aux agriculteurs de ne jamais entrer dans un silo à grains», insiste-t-il.

Il a d’ailleurs perdu un de ses hommes de cette façon il y a quelques années.

Pour sauver M. Parenteau, les pompiers ont d’abord installé un harnais sous ses aisselles, puis ils ont construit une cage de bois qu’ils ont placée autour de la tête de l’agriculteur afin de retirer le grain et de lui permettre de respirer.

Ils ont finalement fait des trous dans le silo à la hauteur de l’estomac de M. Parenteau pour que le grain coule tranquillement à l’extérieur et lui permette de sortir après plus de deux heures de travail.

Profiter de la vie

Sous le choc, épuisé et victime d’un coup de chaleur, Raymond Parenteau qui a sauvé son frère, n’en menait pas large au cours des procédures. Malgré tout, il a refusé d’être transporté en ambulance avant que son frère ne soit tiré d’affaire.

Les deux frères ont été conduits ensemble à l’hôpital. Ils ont reçu leur congé quelques heures plus tard. M. Parenteau s’en sort miraculeusement sans séquelles. Mais l’événement lui en a beaucoup appris.

«Ça m’a fait réaliser à quel point la vie va vite. Je vais essayer de la modérer un peu, de profiter plus de chaque moment. On ne sait jamais quand ça va s’arrêter.»

Ce qu’ils ont dit

«Il s’était formé un vide sous la croûte de grains et lorsque j’ai posé les pieds, je suis tombé dans le trou. C’est devenu comme des sables mouvants, il n’y avait rien à faire pour sortir. J’ai crié, mais personne ne m’entendait, j’ai cru que mon heure était venue.» - Richard Parenteau

«Je me suis mis à prier et c’est à ce moment que j’ai trouvé une paix intérieure. J’ai eu une pensée pour mon gendre qui est mort au travail et pour ma conjointe qui ne serait pas capable de tout faire, seule sur la ferme. Je me suis dit qu’il fallait que je m’en sorte.» - Richard Parenteau

«Une chance qu’il est resté calme. S’il s’était énervé, on n’aurait pas pu le sauver, il se serait enlisé davantage. Dès qu’il bougeait, il s’enfonçait. Il crachait du maïs chaque fois qu’il parlait. Il n’y a rien dans les livres pour ce genre de sauvetage. Il n’y a que nos idées. Je suis chanceux d’avoir une bonne équipe.» - Richard Hébert, chef pompier