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Par le réchauffement climatique

La forêt québécoise menacée

Charles Lecavalier | Le Journal de Montréal

PHOTO COURTOISIE/HISTORIA/AGENCE QMI

La forêt québécoise sera chamboulée par le réchauffement climatique, alors que certaines essences comme l’érable à sucre, l’épinette noire et le pin gris risquent de disparaître du sud du Québec.

Les spécialistes du gouvernement du Québec prévoient qu’en 2050 le climat de la région de Portneuf ressemblera à celui de l’État de New York et la forêt mixte sera présente jusqu’à la hauteur de Rimouski. Au jeu du réchauffement, certaines essences gagnent, d’autres perdent.

«Le pin gris, avec des conditions favorables à sa présence sur seulement 3 % de son aire de répartition», sera l’essence la plus touchée par ces bouleversements.

Changements déjà observés

Au sud du Québec, à Montréal, Laval et en Montérégie, plus d’une dizaine d’essences d’arbres comme l’érable à sucre ou le bouleau jaune, végétal emblématique du Québec, deviendront vulnérables et «pourraient perdre l’ensemble de leur habitat dans la région».

«Déjà cette année, j’ai rencontré des gens qui ont des forêts privées en Montérégie et qui remarquent que des essences comme l’érable à sucre vont moins bien», observe la biologiste Catherine Périé, chercheuse spécialisée en impacts des changements climatiques sur la composition des forêts du Québec au ministère des Forêts.

Nuance toutefois: «Un arbre ne va pas se sauver» et il a beaucoup de résilience, dit Mme Périé. Il faut plusieurs années de sécheresses pour tuer un arbre mature, par exemple. Ceux qui poussent aujourd’hui risquent d’être toujours là en 2050.

Migration vers le nord

La situation géographique du Québec l’avantage toutefois : la forêt va «migrer vers le nord». L’épinette noire pourrait disparaître des paysages de l’Estrie et de la Montérégie, mais elle performera davantage dans la taïga, qui va se réchauffer.

L’évolution des changements climatiques est cependant beaucoup plus rapide que la capacité de migration des arbres. La forêt se «déplace» de 100 à 200 mètres par année. La vitesse prévue de «déplacement du climat vers le nord ou vers les hautes altitudes» est plutôt de 2 à 10 km par année.

Cela va créer un véritable «choc»: la génétique de la forêt québécoise s’est lentement transformée au cours des 18 000 dernières années. On lui demande maintenant de s’adapter en 100 ans, indique Michel Campagna, chef du Service de la génétique, de la reproduction et de l’écologie au ministère.

Par exemple, entre les périodes 1960-1990 et 2050, la limite de la forêt mixte au Québec se sera déplacée de plus de 230 km vers le nord.

Insectes, incendies et sécheresses

Le climat n’est qu’une partie de l’équation pour connaître le succès d’une espèce sur un territoire, dit M. Campagna, à la tête d’une équipe qui tente de mieux comprendre les conséquences des changements climatiques sur la forêt du Québec et qui bénéficie du fonds vert pour financer ses études.

«Il faut aussi prendre en compte les insectes ravageurs, les incendies de forêt et les sécheresses, par exemple», ajoute-t-il. Il tente maintenant de faire survivre des plants du sud du Québec au nord pour tester leur adaptabilité.

En bref: 13 espèces à surveiller

Les projections indiquent que 13 des 43 espèces présentes sur le territoire de la forêt pourraient devenir mésadaptées aux nouvelles conditions climatiques sur plus de la moitié de leur aire de répartition.

Un danger pour l’économie

«Plusieurs essences résineuses commerciales comme le pin gris, l’épinette blanche, le mélèze larcin et le sapin baumier présenteraient des risques élevés de déclin sur plus de 20 % de leur aire de référence», selon une étude gouvernementale.

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