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Infractions de nature sexuelle

Des chauffeurs de taxi aux mains baladeuses

Éric Yvan Lemay | Agence QMI 

Deux chauffeurs de taxi ont vu leur permis être suspendu, au cours des dernières semaines, après avoir été accusés d’infractions de nature sexuelle sur des clientes. Dans l’un des cas, les victimes étaient atteintes de déficience intellectuelle.

Depuis deux ans, ce sont pas moins de six chauffeurs ou ex-chauffeurs québécois qui ont vu leur permis suspendu ou qui font face à la justice relativement à des gestes à caractères sexuels sur des clientes. Les faits reprochés à l’un d’eux, Sher Mohammad Haideri, sont particulièrement troublants. Le 2 août dernier, il a été reconnu coupable d’avoir incité deux clientes souffrant de déficience intellectuelle à le toucher sans leur consentement.

À l’été 2016, l’homme travaillait pour la compagnie Mario Taxi sur la Rive-Sud de Montréal. Selon la décision de la Commission des transports du Québec, qui a suspendu son permis, il aurait fait des attouchements sur ses victimes lors du transport entre leur résidence et une activité sportive ou artistique.

Attouchements

Dans le cas d’une victime souffrant de légère déficience intellectuelle, il lui aurait fait des attouchements aux seins et aux parties génitales sous ses sous-vêtements en plus de lui donner un bec. Il lui aurait dit de ne pas parler.

Une autre victime a raconté qu’il avait glissé ses mains sur son corps et ses cuisses à au moins trois reprises. Il aurait profité du fait qu’il l’attachait à son siège pour faire les gestes qui lui sont reprochés. Lorsque l’une des victimes a porté plainte, le chauffeur se serait rendu au domicile de sa mère en lui disant qu’il avait besoin de son emploi et qu’il avait une famille à faire vivre. Il aurait également bloqué la porte avec son pied.

Congédié

Sher Mohammad Hadeiri a nié les faits reprochés à la Commission des transports, disant qu’il avait pu accrocher les parties intimes par mégarde. Il a également nié avoir demandé à une victime de lui toucher le pénis.

Son employeur, Mario Taxi, a toutefois jugé les allégations suffisamment graves pour le suspendre dès juillet 2016. Le chauffeur a toutefois été embauché par Taxi Saint-Jean-sur-Richelieu quelques jours avant que les accusations ne soient portées contre lui. Il n’en a pas fait part à son nouvel employeur.

Il a cependant été congédié dès que les accusations ont été connues. «C’est tolérance zéro», lance le propriétaire, Claude Pigeon. Ce dernier dit avoir collaboré à l’enquête, même si les faits reprochés se sont déroulés avant son embauche. Durant les mois où il a travaillé pour Taxi Saint-Jean-sur-Richelieu, il a fait l’objet de six plaintes de clients, mais aucune de nature sexuelle.

La commission des transports du Québec lui a retiré son permis de chauffeur de taxi le 26 mai dernier. «Dans les deux cas, les victimes ont demandé au chauffeur de cesser ses attouchements et il a continué», peut-on lire.

Coupable

Le chauffeur a également tenté de faire diversion en parlant de son intention d’acquérir un permis de propriétaire de taxi, du décès de son frère en Afghanistan et de son état dépressif.

Le 2 août, il a été reconnu coupable de deux des cinq chefs d’accusation criminelle déposés contre lui. Il devra revenir en cour le 20 novembre pour connaître sa sentence.

D’autres chauffeurs visés

Laval

• Juillet 2016

Djillali Ait-Aoudia

Permis suspendu après les accusations d’agression sexuelle sur trois victimes, dont deux ont des déficits intellectuels.

Sept-Îles

• Mars 2017

Donat Lizotte

Le procès de l’homme de 73 ans a débuté en mars dernier. Il est accusé d’agression sexuelle sur une cliente de 17 ans qui s’est enlevé la vie après la mise en accusation du chauffeur.

Québec

• Juillet 2017

Karim Chikhi

L’ex-chauffeur subit son procès pour agressions sexuelles sur trois clientes.

• Juillet 2016

Sofiane Mimouche

Condamné à 12 mois de prison pour avoir touché les parties intimes d’une jeune femme de 19 ans alors qu’elle était en état d’ébriété.

Agressions à la sortie des bars

Un chauffeur de taxi qui travaillait depuis 12 ans à Montréal a été accusé d’avoir agressé sexuellement deux femmes à la sortie de bars du centre-ville.

Lofti Ben Romdhane a vu son permis être suspendu le 21 juillet. La lecture de la décision donne froid dans le dos. L’une des présumées victimes raconte être montée à bord de la voiture de Romdhane sur la rue Sainte-Catherine en octobre dernier. Durant le trajet, il lui aurait demandé de prendre place à l’avant.

Il aurait mis sa main à quatre reprises entre les jambes de la femme. Une fois sur l’autoroute 20, il aurait pris la tête de la cliente pour l’embrasser de force. Cette dernière s’est retournée pour ne pas être embrassée sur la bouche et lui a dit de regarder la route. Une fois à destination, il l’aurait rejointe sur le trottoir pour mettre ses mains sous sa jupe et l’embrasser sur la bouche. La femme s’est réfugiée chez elle et a raconté le tout à sa mère.

«Un câlin»

Une autre femme a raconté s’être fait prendre les cuisses à trois reprises durant le trajet d’une dizaine de minutes à la sortie du boulevard Saint-Laurent. Il lui aurait également demandé de lui faire un câlin. À une autre reprise, les policiers du SPVM ont aperçu une femme sortir promptement du taxi et se sauver sans payer la course.

Le chauffeur a été arrêté et accusé d’agressions sexuelles sur deux clientes. Joint par «Le Journal de Montréal», l’accusé minimise ses gestes et n’a pas exprimé de regrets.

«Il y a des choses qui peuvent se passer dans un taxi, ce n’est pas si grave que ça. C’est très banal. C’est plus de peur que de mal», dit le Lavallois.

«Risque du métier»

Selon lui, ce genre de gestes se réglerait devant le comité de discipline s’il travaillait pour une grande entreprise. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il laisse même entendre que c’est «le risque du métier» et qu’il profitera du fait qu’il s’est fait retirer son permis pour se réorienter dans une autre carrière.

Au Bureau du taxi de Montréal, on dit faire des vérifications des antécédents judiciaires à chaque renouvellement de permis et à chaque demande de nouveau permis. Un code de conduite et un numéro de signalement ont également été apposés dans la plupart des véhicules.

«On invite les gens qui sont témoins de comportements déplacés à appeler», mentionne le porte-parole Renaud Beauchemin.