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Manuels numériques gratuits

Le Québec traîne de la patte

Agence QMI

Emboîtant le pas à d’autres provinces canadiennes, l’Ontario investit pour développer des manuels numériques gratuits pour les étudiants des collèges et des universités alors que le Québec est en retard à ce chapitre.

En juin, le gouvernement ontarien a annoncé qu’il injectait 1 million $ pour soutenir la création de manuels disponibles gratuitement en ligne via la plateforme eCampus¬Ontario. L’objectif: rendre plus accessibles des manuels habituellement très onéreux, explique son président-directeur général, David Porter. En Ontario, près de 35 % des étudiants n’achètent pas les manuels requis pour leurs études, dont les coûts peuvent aller jusqu’à 1000 $ par an, indique-t-il.

«C’est un phénomène qui est répandu un peu partout en Amérique du Nord et relativement nouveau au Canada, mais il prend de l’ampleur», affirme M. Porter.

Manuels «collaboratifs»

Ces manuels sont créés par des professeurs de collèges et d’universités qui sont rémunérés pour ce travail. Ces derniers peuvent aussi modifier le contenu déjà disponible en ligne pour qu’il soit mieux adapté à leurs cours, explique M. Porter. Reste ensuite à convaincre d’autres enseignants d’utiliser ces ressources plutôt que les traditionnels manuels publiés par les maisons d’édition.

«Le plus grand défi, c’est de faire connaître cette possibilité aux enseignants. C’est un concept nouveau pour eux», ajoute M. Porter.

Actuellement, 180 manuels sont disponibles sur le site de eCampusOntario. Le financement provenant de Queen’s Park permettra de créer de nouveaux ouvrages numériques pour des programmes d’études peu couverts jusqu’à présent, comme ceux du domaine de la santé, ajoute M. Porter.

La Colombie-Britannique pionnière

L’Ontario, comme d’autres provinces canadiennes, marche sur les traces de la Colombie-Britannique, qui a été la première à financer la création de manuels numériques gratuits en 2012. Dans cette province, environ 43 000 étudiants de 36 établissements utilisent ces manuels 2.0, ce qui a permis de générer des économies de 4 millions $, selon BCcampus.

Ces manuels numériques sont toutefois encore loin de remplacer complètement les traditionnels manuels imprimés, produits par des maisons d’édition bien établies.

Parmi les obstacles qui freinent le développement de ces manuels collaboratifs, on trouve des préoccupations entourant la qualité du contenu disponible gratuitement en ligne, certains craignant que le processus de révision ne soit pas aussi rigoureux que celui qui existe pour les manuels traditionnels.

Les organismes qui soutiennent ces initiatives rétorquent que l’encadrement est aussi rigoureux puisqu’il est également soumis à une révision par les pairs comme le font les maisons d’édition.

«Une idée intéressante» qui tarde à être développée

Contrairement à la France et à plusieurs autres provinces canadiennes, aucune initiative n’est en branle au Québec pour développer des manuels numériques gratuits pour les étudiants des cégeps et universités.

«On est un peu en retard au Québec là-dessus, déplore Simon Telles, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ). C’est vraiment une idée que l’on trouve intéressante.»

L’UEQ prévoit d’ailleurs se documenter sur le sujet au cours des prochains mois afin d’élaborer des propositions concrètes. Des bourses pourraient être octroyées pour financer la rédaction de ces manuels, avance déjà M. Telles. «Le coût des livres est devenu vraiment astronomique. On veut démocratiser l’accès», ajoute-t-il.

À la Fédération étudiante collégiale, on considère aussi que ce type d’initiative serait intéressant à mettre en branle, à condition que le contenu de ces manuels gratuits soit validé et encadré, affirme son président, Jason St-Amour.

Plan numérique

Même son de cloche de la part de Pierre-Julien Guay, président de Vitrine technologie-éducation. Selon lui, la mise en branle d’un tel projet «ne demanderait pas des efforts énormes» et pourrait être amorcée par le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD), qui produit déjà des ressources pédagogiques numériques.

Le CCDMD ne produit toutefois pas de manuels numériques qui pourraient remplacer ceux vendus par les maisons d’édition.

Sa directrice, Cathie Dugas, explique que le mandat du centre est de combler des lacunes en développant des ressources pédagogiques pour de petits marchés où les maisons d’édition ne sont pas présentes, faute de rentabilité.

Cette dernière espère toutefois que le plan numérique du gouvernement Couillard, dont l’annonce est attendue cet automne, comprendra du financement pour développer davantage de ressources numériques en ligne pour le réseau postsecondaire. «On verra comment ce plan va répondre à ce besoin-là, parce qu’il y a certainement un besoin», lance-t-elle.

Qu’est-ce qu’un manuel numérique gratuit?

C’est un manuel disponible en ligne qui est créé par une communauté d’enseignants.

En règle générale, le contenu est publié sous la licence libre Creative Commons, ce qui permet à chacun de modifier, adapter et personnaliser les ressources offertes.

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