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En faveur de Bombardier

Des travailleurs de l’aérospatiale manifestent à Montréal

Philppe Orfali | Le Journal de Montréal

Après avoir vertement critiqué Bombardier lorsque ses dirigeants se sont voté des hausses de salaire vertigineuses au printemps, voilà que les travailleurs de l’aérospatiale viennent à sa rescousse. Ils étaient des centaines à manifester mercredi midi au centre-ville de Montréal pour dénoncer le recours de Boeing contre l’avionneur québécois devant la justice américaine.

Des milliers d’emplois dans le secteur de l’aéronautique sont menacés, tant dans le Grand Montréal qu’ailleurs au Québec, selon les manifestants.

Boeing reproche à Bombardier la vente de 75 avions CSeries à Delta Airlines. L’avionneur américain affirme que le fabricant d’aéronefs québécois a vendu ses appareils sur le marché des États-Unis à des «prix absurdement bas», et soutient que Bombardier est en mesure de le faire en raison de subventions des gouvernements canadiens, britanniques et du Québec, ce qui violerait des règles de commerce international.

Des «amendes » sévères?

Malgré les appels à un accord négocié avec Bombardier, Boeing s’est jusqu’à maintenant montré déterminé à poursuivre les procédures. Le département du Commerce doit rendre une décision le 25 septembre. Il pourrait condamner Bombardier à verser des droits compensatoires représentant jusqu’à 80 % du prix payé pour les avions par Delta.

La décision est une source de préoccupation majeure pour l’industrie aéronautique québécoise, qui est concentrée dans la région de Montréal. C’est non seulement Bombardier qui pourrait subir des conséquences néfastes de cette décision, mais aussi toute sa chaîne d’approvisionnement, des minières qui lui fournissent l’aluminium jusqu’au fabricant de pièces essentielles, en passant par une multitude de fournisseurs de services.

«Nous l’avons déjà vécu dans le secteur du bois d’œuvre, l’imposition de droits compensateurs a des répercussions négatives sur l’emploi et l’industrie. Nous craignons donc les conséquences désastreuses sur les emplois chez Bombardier, mais tout autant chez les sous-traitants qui fournissent des pièces pour la CSeries, dont nos membres chez Pratt & Whitney et Avior», a souligné le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné.

Pour compliquer les choses, Ottawa a menacé Boeing de laisser tomber l’achat prévu de 18 avions militaires Super Hornet, si elle n’abandonnait pas son recours. Ces avions sont construits aux États-Unis, mais l’entretien aurait eu lieu au Québec.

Quand les syndicats défendent Bombardier

M. Gagné, comme les autres syndicats présents à la manifestation, a reconnu qu’il pouvait être surprenant de voir les travailleurs dans la rue pour défendre Bombardier, quelques mois après avoir dénoncé l'entreprise sur la place publique concernant la hausse de salaire de ses hauts dirigeants. Mais la situation est grave, insiste-t-il.

«On défend les emplois. Ça n’a rien à voir avec les salaires des dirigeants, on est toujours du même avis de ce côté-là. Nous, c’est les 20 000 jobs, les 40 000 jobs indirectes qu’on veut défendre, c’est les gens qui sortent l’aluminium au Saguenay, ceux qui font les moteurs à Pratt & Whitney. C’est pas les salaires des patrons de Bombardier.»

L’industrie québécoise pourrait y goûter

«L’industrie québécoise risque fort de sortir perdante de tout ça. L’imposition de droits compensatoires et une condamnation pour dumping (ventre à prix dérisoires), ce serait majeur ici», souligne pour sa part Suzanne Benoît, présidente d’Aéro Montréal, la grappe aérospatiale québécoise.

Bombardier a indiqué par courriel «comprendre» la colère des travailleurs de l’aéronautique.

«L’enjeu est énorme. [...] Boeing est totalement malhonnête lorsqu’il prétend agir pour rétablir des règles du jeu équitables pour tous. Boeing n’était même pas en lice pour remporter la commande de Delta. Il tente plutôt de détourner les lois régissant le commerce aux États-Unis afin de créer des conditions lui étant favorables, forçant les compagnies aériennes à acheter des avions trop chers et inefficaces pour les liaisons sur lesquelles ils veulent les exploiter. Dans ce scénario, à part Boeing, tout le monde sort perdant. Nous sommes heureux que les travailleurs du secteur aéronautique canadien ajoutent leur voix à une coalition grandissante, qui inclut notamment des associations industrielles et des groupes de défense des consommateurs, pour mettre en évidence les conséquences désastreuses d’un succès de Boeing dans ce dossier», a indiqué Simon Letendre, porte-parole de l’entreprise.

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