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Données de recensement

Grenville et Lachute parmi les plus pauvres

Christopher Nardi | Agence QMI

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Les agglomérations de Grenville et Lachute trônent au sommet peu enviable des villes canadiennes où il y a le plus de personnes pauvres. Les ménages québécois continuent d’avoir les revenus parmi les plus bas du pays.

C’est ce que révèlent de nouvelles données sur le revenu des ménages issues du recensement de Statistique Canada et dévoilées hier matin.

«Lachute a beaucoup souffert de fermetures d’entreprises ou de branches d’entreprise de la région au cours des cinq dernières années [...] On reçoit beaucoup de gens de plus de 40 ans qui ont perdu leur emploi et ont du mal à se replacer sur le marché du travail», indique Louise Desrochers, directrice du Centre d’entraide d’Argenteuil, à Lachute.

Dans cette ville de près de 13 000 âmes, près d’un ménage sur quatre (24,3 %) vit à faible revenu, c’est à dire avec moins de 22 133 $ pour une personne seule ou 44 266 $ pour une famille avec deux enfants. Elle occupe donc la deuxième place dans le palmarès canadien.

Dans ses neuf ans à la tête de l’organisme, Mme Desrochers dit que la clientèle desservie a augmenté de pas moins de 40 %.

«Les personnes à faible revenu sont souvent des personnes seules qui vivent de l’aide sociale et peinent à se nourrir une fois qu’elles ont payé leur loyer et la facture d’Hydro», ajoute-t-elle.

La première place peu enviable revient à l’agglomération de Hawkesbury, qui inclut aussi quelques municipalités québécoises, dont Grenville. Statistique Canada inclut donc Hawkesbury dans les statistiques du Québec, même si elle se trouve en Ontario. Là, pas moins de 26,9 % des ménages vivent à faible revenu.

Québec traîne de la patte

Le revenu des ménages québécois est d’ailleurs loin de s’améliorer depuis 2005. Non seulement la Belle Province se retrouve-t-elle avant-dernière au niveau du revenu total médian (59 822 $), mais la croissance de son revenu a aussi été parmi les plus bas au pays entre 2005 et 2015 (12e sur 13 provinces et territoires). Le revenu médian est le montant où la moitié de la population gagne plus et l’autre moitié gagne moins.

Les Québécois ont donc un revenu médian nettement moins élevé que la moyenne canadienne (70 336 $), qui est encore une fois propulsée par les salaires plus élevés dans l’Ouest canadien, notamment grâce au boom du pétrole et d’autres ressources naturelles.

Or, cet essor s’est fait aux dépens du secteur manufacturier, vache à lait principale du Québec. D’un autre côté, les villes minières telles Val-d’Or, Rouyn-Noranda et Sept-Îles sont celles qui ont vu leur revenu médian bondir le plus en dix ans (voir tableau).

«Quand le secteur de la fabrication souffre, comme c’est le cas depuis 2005, c’est le Québec et l’Ontario qui sont principalement affectés. C’est en partie ce qu’on voit dans la croissance plus faible du revenu médian au Québec», explique Éric Olson, chef du revenu et du logement pour le recensement chez Statistique Canada.

Les riches s’enrichissent

Le Québec a beau être avant-dernier au classement des revenus médians au pays, c’est la portion des ménages remportant plus de 100 000 $ par année qui a connu la croissance la plus importante entre 2005 et 2015.

En effet, pas moins de 102 000 ménages se sont ajoutés à ceux qui ont franchi le seuil symbolique des 100 000 $, soit un bond de 41 % en dix ans. Soulignons toutefois qu’ils ne sont que 5 % de la population, alors que les ménages rapportant moins de 50 000 $ représentent 69 % des Québécois.

«Il y a certainement des questions à se poser vis-à-vis des inégalités qui sont de plus en plus grandes dans les ménages québécois. Par exemple, les médecins ont de plus grandes augmentations de salaire, comparativement au salaire minimum», analyse Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Mines = richesse

Au Québec, ce sont des villes minières qui ont eu la plus importante croissance du revenu médian à travers la province.

Au sommet de cette liste, les résidents de Rouyn-Noranda ont vu leur revenu bondir de plus de 20 % entre 2005 et 2015. Au deuxième et troisième rang québécois, on retrouve l’autre grande ville de l’Abitibi, Val-d’Or (18 %) et Sept-Îles sur la Côte-Nord (13,4 %).

Ces taux dépassent de façon significative les régions métropolitaines de Québec (11,1 %) et Montréal (8,8 %), pourtant les moteurs économiques de la province.

Selon le chef du revenu et du logement pour le recensement chez Statistique Canada, Éric Olson, le bond des revenus dans ces villes s’explique par le succès des industries de ressources premières au cours de la dernière décennie.

- Avec la collaboration de Camille Garnier

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