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Sécurité des cyclistes

Camillien-Houde ne doit plus servir de transit aux automobilistes, croit Vélo-Québec

TVA Nouvelles

La mort du cycliste Clément Ouimet, 18 ans, décédé après une collision avec un véhicule qui effectuait une manœuvre illégale sur le chemin Camillien-Houde sur le mont Royal, soulève des questions quant à la vocation de cette artère qui traverse le parc montréalais.

La côte Camillien-Houde et le chemin Remembrance sont devenus aux yeux de plusieurs une voie de transit pour des milliers d’automobilistes quotidiennement.

Chaque jour, une moyenne de 10 000 véhicules y circulent.

Mario Dumont s’est entretenu avec Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec.

Q: La mort de Clément Ouimet sème la consternation dans les milieux cyclistes.

R: C’est le moins que l’on puisse dire. Un jeune espoir du vélo qui s’entraîne sur le mont Royal à Montréal, un endroit très prisé des cyclistes et qui meurt parce qu’un automobiliste fait une manœuvre illégale, une manœuvre stupide, un virage en U dans une pente et dans une courbe. C’est consternant de voir ça. On connaît très bien  les parents de la victime Catherine et Alexandre ont travaillé à Vélo-Québec. On est de tout cœur avec la famille qui vit ce drame.

Q: Croyez-vous que cet accident qui survient en pleine campagne électorale municipale va faire bouger les choses?

R: Même si c’était déroulé en période non électorale, c’est un drame tellement fort. Rappelons-nous le drame de Mathilde Blais, cette jeune femme qui est morte sous le viaduc St-Denis.

Ça avait provoqué une onde de choc, puis on n’était pas en campagne électorale. Discutons ensemble de la cohabitation sur nos routes, de sécurité des cyclistes. Il y a de plus en plus de cyclistes à Montréal, il va en avoir de plus en plus parce que c’est une façon simple et efficace de se déplacer. 

Q: Dans ce cas-ci, on parle d’un entraînement, probablement que le cycliste allait dans les 50 – 60 km/h peut-être plus... Ne devrait-il pas avoir de lieux d’entraînement pour les cyclistes professionnels? Des pistes en circuit fermé?

R: Je vais m’entraîner régulièrement sur Camillien-Houde et je ne suis pas du tout une athlète. Quand j’y vais les soirs de semaine, il y a des centaines de cyclistes. Pendant le jour, il y a encore des cyclistes sans arrêt. Pourquoi? Parce que c’est un endroit extraordinaire pour s’entrainer. Pourquoi lorsqu’on veut faire du sport, faudrait qu’on ait des lieux fermés? On est capables de cohabiter, d’ailleurs l’accotement à cet endroit est très large. Le problème c’est que l’accotement rétrécit en haut de la montagne, et il y a un volume très élevé de voitures qui y transitent.

Q: Parce que c’est congestionné autour, et les automobilistes passent au travers.

R: Exactement. On a fait faire des comptages en 2014, pour savoir combien de véhicules et de cyclistes y passaient. On s’est retrouvé avec des volumes de 10 000 voitures par jour avec des pointes aux heures de pointe. Et on se retrouve aussi avec beaucoup de cyclistes, 10% des gens qui y circulent sont des cyclistes. Est-ce qu’on veut que la route principale qui est sur le mont Royal soit une voie rapide, de transit ? Je ne pense pas que c’est cela qu’on voulait à la base. On veut que les voitures puissent se rendre au parc bien sûr, mais que ça devienne une voie de transit, ça n’a pas de sens. C’est un parc après tout et on devrait se réjouir de voir les gens le fréquenter à pied ou à vélo.

Q: Quand les cyclistes y roulent, c’est spectaculaire, c’est à très haute vitesse, il y a un danger inhérent.

R: Chaque cycliste connaît sa condition. Quand on descend Camillien-Houde, il n’y a pas d’intersection entre le belvédère et le bas.  Les voitures roulent dans leur voie et les cyclistes dans la leur. Après ça, si un automobiliste fait une manœuvre illégale, dangereuse dans une courbe... le cycliste ne pouvait pas le voir. C’est vrai que les cyclistes roulent vite, mais chacun y va avec son niveau de confort.

Q: Comment fait-on pour empêcher les automobilistes de transiter sur Camillien-Houde?

R: On fait des aménagements urbains, notamment forcer les automobilistes à stationner au sommet de la montagne lorsqu’ils y arrivent, par exemple, et permettre le transit seulement pour les véhicules d’urgence.

Q: Ces 12 000 personnes qui ont trouvé ce raccourci ne seront pas de bonne humeur s’ils ne peuvent plus y transiter...

R: Le parc automobile explose à Montréal. Il s’ajoute chaque année, 38 000 voitures dans la grande région de Montréal. Un moment donné, s’il n’y a pas de barrière physique, il n’y aura pas de changement de comportement. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faille plus de voitures à Montréal, mais il faut réfléchir sur la place qu’on veut que la voiture occupe en ville.  

 

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