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Procès de Francis Jutras

Sa «mission marteau» l’obligeait à tuer

Valérie Gonthier

 - Agence QMI

Le père d’un jeune homme tué à coups de marteau par un inconnu déclaré non criminellement responsable mercredi déplore qu’un homme aussi délirant ait pu se retrouver seul dans la rue.

«Tu as tué mon fils qui avait toute la vie devant lui. Il ne t’avait rien fait. Il est temps que des mesures sévères soient mises en place afin que ça ne se reproduise plus», a lancé mercredi en cour Benoit Théberge, dont le garçon de 19 ans a été tué gratuitement à Laval il y a deux ans.

Francis Jutras, accusé de meurtre prémédité et de tentatives de meurtre sur des inconnus croisés dans la rue, a été reconnu non criminellement responsable. Tant les experts consultés par la défense que par la Couronne concluaient qu’au moment du drame, Jutras ne pouvait distinguer le bien du mal. Il disait en effet avoir obéi au «pirate informatique» dans sa tête, qui lui avait lancé la «mission marteau», l’obligeant à tuer.

Trois victimes innocentes

Le 13 octobre 2015 en soirée, Jutras a déambulé pendant deux heures sur plus de 5 km dans les rues du quartier Laval-Ouest. Après s’être procuré un marteau au coût de 15 $ chez un prêteur sur gages, il s’en est pris à François-Xavier Théberge.

Le jeune homme a été sournoisement attaqué par l’arrière et a reçu plusieurs coups de marteau à la tête. Son corps a ensuite été traîné sur plus de 30 pieds, avant d’être dissimulé puis abandonné dans une haie de cèdres sur le terrain d’une résidence privée.

Jutras a poursuivi sa cavale, attaquant ensuite un aîné devant une résidence pour personnes âgées, puis une femme qui marchait avec son garçon de 8 ans quelques mètres plus loin.

«La femme, elle méritait 20 coups, mais je n’ai pas pu le faire», a dit aux enquêteurs l’accusé sur son lit d’hôpital, peu après son arrestation.

Antécédents psychiatriques

Jutras s’est fait passer les menottes aux poignets quelques minutes après s’être introduit par effraction dans un commerce fermé. Très agité, il a été immobilisé à l’aide d’une arme à impulsion électrique. Les enquêteurs l’ont ensuite interrogé à l’hôpital, après avoir retrouvé sur lui les cartes d’identité de trois individus. Il s’agissait de celles de ses victimes.

Ses propos étaient alors très décousus, mais parfois assez cohérents pour aider les policiers à retracer le corps de François-Xavier Théberge ainsi que le marteau.

Dans le passé, Jutras avait déjà été déclaré inapte à être jugé, vu ses graves troubles mentaux. L’accusé collaborait alors peu avec les intervenants sociaux chargés d’effectuer son suivi et ne prenait plus ses médicaments.

«Son état mental se détériore les mois et les semaines avant le drame», a résumé le juge Alexandre Boucher, de la Cour supérieure, avant d’ordonner la détention de l’accusé dans un centre hospitalier en raison du verdict de non-responsabilité criminelle.

Ce qu'ils ont dit

«Tu as enlevé la vie de mon fils de façon violente. Je venais de le croiser juste avant que tu l’attaques avec un marteau. Mon fils ne t’aurait jamais fait ça.»

– Benoit Théberge, père de François-Xavier Théberge

«Deux ans après l’événement, je vis encore dans le choc post-traumatique. Je lui en veux énormément, je suis fâchée et je trouve inacceptable que cet homme eût été en liberté et ait habité à deux coins de rue de chez moi.»

– Marie-Josée Guilbeault, victime blessée par Francis Jutras

«Je vous demande humblement pardon pour ces gestes que je ne voulais pas poser en raison de la maladie mentale avec laquelle je devrai composer toute ma vie. Ce verdict ne saurait excuser mes actes et ne constitue pas sur le plan juridique un acquittement. Il ne redonnera pas non plus la vie à François-Xavier et ne réparera pas les torts causés aux victimes.»

– Me Yves Poupart, avocat de Francis Jutras, au nom de son client

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