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Greenpeace tire des feux d'artifice dans une centrale nucléaire

Camille Bouissou | Agence France-Presse

Des militants écologistes, entrés jeudi dans la centrale nucléaire de Cattenom en Lorraine (est de la France), ont tiré des feux d'artifice pour alerter sur la vulnérabilité de ces sites, suscitant l'inquiétude du Luxembourg voisin.

Cette action démontre les «lacunes flagrantes» de la sécurité des accès à la centrale, s'est alarmée la ministre luxembourgeoise de l'Environnement Carole Dieschbourg, dont le pays est situé à une dizaine de km de Cattenom.

Les autorités luxembourgeoises ont réclamé à la France «une enquête détaillée qui devra éclairer les circonstances de cet incident».

Le groupe français EDF, qui exploite la centrale, a reconnu une intrusion mais affirme que les militants - qui ont rendu publique une vidéo sur laquelle on les voit tirer un feu d'artifice au pied de la centrale - ont été rapidement stoppés. «Pas d'accès à la zone nucléaire. Pas d'impact sur la sûreté des installations», a tweeté EDF Cattenom.

L'opération a été conduite vers 5h30 par une quinzaine de militants de l'ONG Greenpeace, qui a diffusé une vidéo montrant les feux d'artifice tirés depuis l'intérieur du périmètre de la centrale, illuminant de rose le ciel nocturne et les installations.

La portée réelle de l'opération diverge selon les sources. Greenpeace déclarant avoir été tout près d'un bâtiment dangereux, les autorités excluant cette possibilité.

«Les militants de Greenpeace sont de retour sur le site d'une centrale nucléaire afin de dénoncer les risques qui planent sur ces installations», a fait savoir l'ONG.

Huit militants ont été placés en garde à vue, selon les autorités locales, qui ne donnent pas la même version de l'intrusion.

Selon EDF, ils ont été interceptés par les gendarmes huit minutes après leur intrusion dans la centrale, qui compte quatre réacteurs à eau sous pression d'une puissance de 1.300 mégawatts (MWe) chacun.

L'opérateur a annoncé qu'il allait déposer plainte. Les militants «risquent plusieurs années de prison et plusieurs dizaines de milliers d'euros d'amende», a déclaré Olivier Lamarre, directeur adjoint du parc nucléaire d'EDF.

Ces militants sont des «irresponsables» car ils ont joué avec leur vie pour «une opération de communication», a-t-il dénoncé, ajoutant que Greenpeace «n'a rien démontré, sinon que le dispositif de sécurité a fonctionné parfaitement».

«Les militants n'ont approché aucune partie sensible du site», a assuré Georges Bos, directeur de cabinet de la préfecture de la Moselle. Si un feu d'artifice a été tiré, a précisé à l'AFP M. Bos, le tir n'a eu lieu qu'«au niveau des portails, soit à l'extérieur du site».

Cependant, dans des images publiées sur leur compte Twitter, on peut voir les militants de Greenpeace tirer un feu d'artifice au pied d'un bâtiment de la centrale, qu'ils présentent comme la piscine de combustible usagé.

«Nous avons déclenché l'alarme dans la première clôture, mais nos militants ont continué tranquillement, sont allés au pied de la piscine», a affirmé à l'AFP Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France.

Or, c'est bien sur la vulnérabilité de ces installations qu'a voulu alerter l'ONG, deux jours après la remise d'un rapport d'experts sur ce sujet.

Dans ce rapport, dont des extraits ont été publiés mardi, sept experts mandatés par l'ONG se sont penchés en particulier sur la capacité de résistance des piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés en France et dans les centrales belges de Doel et Tihange.

Ils ont pointé du doigt ces piscines, qui peuvent contenir plus de combustibles que les coeurs des réacteurs, mais qui ne sont pas protégées comme ces derniers par des enceintes de confinement renforcées.

Le parc nucléaire français, qui compte actuellement 58 réacteurs en activité, est le deuxième plus important du monde en puissance, après celui des États-Unis. La France compte un total de 63 piscines de combustibles usés.

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