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Affaire Weinstein

«Le pouvoir et l’argent viennent avec la loi du silence»

TVA Nouvelles

Le producteur le plus puissant d’Hollywood, Harvey Weinstein, est plongé dans la controverse depuis plusieurs jours, alors que s’accumulent à un rythme effarant les allégations de viol et d’agression sexuelle, et que les victimes sont toujours plus nombreuses à dévoiler leur visage au grand jour.

Une fois de plus, la question se pose: comment cet homme a-t-il pu agir si longtemps, sans être inquiété des dénonciations de ses victimes?

C’est un homme terriblement influent à Hollywood, rappelle la sexologue Sylvie Lavallée, et «on dirait que le pouvoir et l’argent viennent avec la loi du silence».

«Passage obligé»

Dans le milieu hollywoodien, la chose était connue: Weinstein avait un pouvoir de vie et de mort sur la carrière des aspirantes à la célébrité.

«Les répercussions sont si importantes et dommageables, aux yeux de la victime, pour sa carrière, qu’elle préfère se taire», a expliqué la spécialiste en entrevue au 9 heures, sur LCN. Comme si c’était un passage obligé pour aller plus loin, professionnellement parlant. Ce qui, au final, envoyait un message de consentement bien involontaire à l’agresseur.

«Elle est présente, elle m’ouvre la porte de sa chambre, elle ne me repousse pas quand je la touche ou je l’effleure. Je passe un commentaire et elle sourit», doit-il se dire, toujours selon Mme Lavallée. «Alors lui, ça le ‘’valide’’» dans son comportement, poursuit-elle. Puis les gestes se répètent et se répètent à un point tel qu’ils deviennent banals pour l’agresseur. «Ça fait partie de ma personnalité», en vient-il à se dire, explique la sexologue.

«[Harvey Weinstein], en plus, il ne se fait pas avertir. Il n’y a personne qui le ramène dans le droit chemin, sauf, en ce moment, sa femme. Ça, c’est un avertissement clair», indique Sylvie Lavallée.

La conjointe du producteur influent annonçait en effet par communiqué qu’elle avait décidé de le quitter, ce à quoi le principal intéressé a réagi en faisant part de son intention de suivre une thérapie.

«J’espère que le thérapeute va être très chevronné, parce que je ne suis pas convaincue de ses motivations franches à vraiment vouloir changer», doute la sexologue.

Des conseils à la victime

Vous vous retrouvez dans une situation inconfortable? Il est important de toujours écouter ce que l’on surnomme «la petite voix», selon la spécialiste, cette voix intérieure qu’on ne prend pas toujours en compte; c’est la première étape.

«On le sait quand il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. On a tous des perceptions et de l’intuition. [...] C’est évident, quand on sait qu’on n’est pas bien», poursuit-elle.

Une fois l’inconfort identifié, Sylvie Lavallée suggère de se donner une marge de manœuvre en nommant d’abord les choses, et en admettant qu’on n’est pas bien. À partir de là, il faut «trouver un prétexte pour quitter la pièce, pour prendre un recul».

Allez à la salle de bain, appelez quelqu’un ou textez-le: voilà quelques pistes de choses à faire quand on se sent empêtrée dans une situation où on a l’impression que quelqu’un prend le pouvoir sur nous.

Mme Lavallée reconnaît que ce n’est pas toujours évident à faire. «Quand on n’a plus peur des représailles, quand on est indépendant financièrement et psychologiquement, ça aide aussi.»

«Quand on n’est pas sûr, mais que dans notre sentiment intérieur, on n’est vraiment pas bien, qu’on sent qu’on est au mauvais endroit avec la mauvaise personne, arrêtez de vous sentir coupable, parce que vous avez été influencé», rappelle la sexologue.

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