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Préparation complexe

Faire témoigner un enfant à un procès pour inceste

TVA Nouvelles

Faire témoigner un enfant victime de crime sexuel devant le tribunal est une opération délicate qui nécessite tact et préparation. Avant de pouvoir dévoiler son récit des événements, jeudi, au palais de justice de Sherbrooke, la jeune fille qui a subi l’inceste aux mains de son père a bénéficié des services de toute une équipe de spécialistes responsable de l’épauler pour ce moment difficile.

Elle avait entre 8 et 10 ans au moment où son père, un homme de 52 ans, l’a agressée, allant même jusqu’à la forcer à avoir des relations sexuelles complètes avec lui à plusieurs reprises. Son témoignage avait de quoi faire frémir, mais elle a affronté cette étape avec beaucoup d’aplomb. C’est le fruit d’un travail d’équipe, a expliqué la procureure de la Couronne au dossier, Me Joanny St-Pierre.

D’abord, en plus des conseils des avocats, elle a pu profiter de ceux des enquêteurs, la «première personne de confiance» pour la victime. Quand on rencontre les plaignants pour venir témoigner à la cour, on les rencontre avec l’enquêteur pour s’assurer qu’il y ait le maximum de confiance avec cette victime-là», a rappelé Me St-Pierre, en entrevue à LCN.

La jeune fille a également bénéficié de l’aide des spécialistes du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC). Et n’oublions pas le fameux Kanak, ce beau labrador aux yeux doux spécialement entraîné pour réconforter les victimes d’actes criminels à Sherbrooke. «C’est très aidant dans le dossier», a confirmé l’avocate.

Certaines dispositions existent, dans le Code criminel, pour faciliter le témoignage des enfants. «Dans des dossiers comme celui-là où la nature des gestes est particulièrement intime, on va souvent demander un huis clos», a-t-elle expliqué, rappelant à quel point il peut être pénible de se mettre à table quand on sait que des journalistes et des membres de sa famille sont dans la salle et écoutent ce qui s’y raconte.

Il y a aussi la possibilité de faire du télétémoignage, donc par écrans interposés à travers lesquels le juge et l’accusé peuvent suivre ce qui se dit.

Conflit de loyauté

Témoigner contre son propre père peut engendrer un conflit de loyauté chez la victime, qui a l’impression de trahir un être cher. Me St-Pierre déclare que «c’est toujours très difficile, particulièrement dans les cas d’inceste».

«Il y a toujours cette espèce de dualité-là quand c’est le papa ou la maman. L’enfant se retrouve toujours un peu pris entre: je l’aime, mon parent. Le reste du temps, c’est un bon parent, il s’occupe de moi, il me fait faire des activités, il me fait à manger, mais quand il me fait ce type de geste-là, je ne suis pas bien, j’ai mal, je ne le reconnais pas et je ne comprends pas ce qui se passe», a-t-elle illustré.

Il s’agit d’une dynamique très complexe : «On se retrouve avec des victimes qui veulent que le comportement cesse, mais qui n’arrêtent pas d’aimer leurs parents pour tout le reste», conclut Me St-Pierre.

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