/news/world

Droits de l'homme

Trump rencontre Duterte, ultime rendez-vous sensible de son marathon asiatique

Agence France-Presse 

Donald Trump rencontre lundi son homologue philippin Rodrigo Duterte pour l'ultime rendez-vous sensible de son marathon asiatique, les ONG s'insurgeant contre les violations des droits de la sanglante et controversée «guerre contre la drogue».

Le président américain est arrivé dimanche en fin d'après-midi à Manille, dernière étape d'une longue tournée asiatique dominée par le dossier nord-coréen et, ces derniers jours, par la question des ingérences présumées de Moscou dans la présidentielle américaine de 2016.

Il doit prendre part au sommet à Manille de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), auquel assistent aussi la Chine, la Russie, le Japon, l'Inde ou encore le Canada.

«Le terrorisme et l'extrémisme violent mettent en danger la paix, la stabilité et la sécurité de notre région, car ces menaces ne connaissent pas de frontière», a déclaré M. Duterte en ouvrant le sommet, qui sera dominé par la question de la menace jihadiste dans la région et des contentieux territoriaux en mer de Chine méridionale.

Mais l'attention se focalisera surtout sur la réunion bilatérale en fin de matinée lundi entre MM. Duterte et Trump alors que la relation entre Manille et Washington, deux alliés tenus par un accord de défense, a connu de fortes turbulences depuis l'arrivée au pouvoir en 2016 du populiste avocat philippin.

M. Duterte, 72 ans, avait été élu après avoir promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre jusqu'à 100 000 trafiquants et toxicomanes présumés.

Un programme qui s'est traduit, dans les faits, par la mort de milliers de personnes dans une «guerre contre la drogue» qui a valu à Manille les critiques internationales.

Les organisations de défense des droits de l'Homme, qui accusent M. Duterte d'orchestrer des meurtres extrajudiciaires en masse, perpétrés par des policiers corrompus et des miliciens, ont appelé M. Trump à profiter de sa visite à Manille pour dénoncer cette campagne.

Mais les brèves entrevues entre MM. Duterte et Trump ces derniers jours -au Vietnam pour un autre sommet régional et lors d'un banquet dimanche soir à Manille- laissent penser que le président philippin a toutes les raisons de croire que le sujet des droits de l'Homme aux Philippines ne préoccupe pas son homologue américain.

«Je suis sûr qu'il n'en parlera pas», a ainsi déclaré M. Duterte dimanche matin aux journalistes qui lui demandaient s'il craignait que M. Trump évoque auprès de lui les meurtres extrajudiciaires.

«Il a dit quelque chose du genre: 'tu sais, tu gères cela très bien'», a ajouté M. Duterte à son retour à Manille, en affirmant que le président américain parlait alors de la guerre contre la drogue, mais aussi à la campagne militaire contre des jihadistes affiliés au groupe Etat islamique dans le sud de l'archipel.

Depuis son arrivée au pouvoir voici 16 mois, la police a annoncé avoir abattu 3967 personnes. Des inconnus ont tué 2.290 suspects dans des affaires de drogue. Des milliers d'autres personnes ont été abattues dans des circonstances non élucidées, selon les chiffres de la police.

Mais le président reste très populaire auprès des Philippins qui estiment que la sécurité s'est améliorée grâce à son action.

M. Duterte doit aussi sa popularité à son franc-parler, lui qui n'avait pas hésité à qualifier de «fils de pute» Barack Obama quand il s'était élevé contre «la guerre contre la drogue».

M. Duterte a encore franchi un cap jeudi à Danang, en soutenant devant la communauté philippine de la ville vietnamienne qu'il avait lui-même tué quelqu'un à 16 ans lors d'une «baston».

L'entourage de M. Duterte demande fréquemment aux journalistes de ne pas le prendre au pied de la lettre, soulignant qu'il aime plaisanter et que c'est un adepte de «l'hyperbole». Son nouveau porte-parole, Harry Roque, a expliqué que ces nouvelles déclarations pourraient relever de l'exagération.

Les débuts de la présidence Duterte avaient été marqués par un réalignement sur Pékin, au détriment de Washington, de la diplomatie philippine.

Les choses se sont apaisées avec l'élection de M. Trump qui avait salué fin avril lors d'une conversation téléphonique avec M. Duterte le «travail incroyable sur le problème de la drogue» du dirigeant philippin.

Dans la même catégorie