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East Angus

Bienvenue dans la première «cité-école» du Québec

Pierre-Paul Biron | Agence QMI 

Daniel Mallard / Agence QMI

Démocratie et citoyenneté ont été les clés d’un bond de géant au palmarès pour une polyvalente des Cantons-de-l’Est qui a été transformée en véritable ville scolaire gérée par ses 600 citoyens-élèves. Bienvenue dans la première «cité-école» du Québec.

Les yeux d’Antoine Nicol et d’Émilie Trudel s’illuminent lorsqu’on leur demande de parler du projet de la Cité-École Louis-Saint-Laurent, dont ils font partie intégrante.

Respectivement premier ministre et ministre des Communications de l’endroit, ils ne s’étonnent pas de voir l’établissement des Cantons-de-l’Est grimper de 151 places au palmarès du «Journal de Québec», tellement le projet est porteur.

«C’est une structure qui nous permet de monter des projets dans une très grande liberté. Finalement, ça nous encourage à poursuivre nos études, parce que ce n’est plus juste nos cours, c’est rendu une série d’activités», explique Émilie, qui admet sans détour que le projet fait une différence dans sa vie.

«Je n’aime pas l’école tant que ça, mais maintenant, ça me donne la motivation de me lever le matin. Je crois que c’est ça, la différence entre l’ancien Louis-Saint-Laurent et la Cité-École.»

Vraie société

«Nous n’avions pas une belle image et le taux de décrochage était élevé», explique Renée-Claude Leroux, organisatrice communautaire, à propos des raisons qui ont poussé l’école à lancer le projet.

D’autant plus que la proximité avec Sherbrooke et d’autres écoles à vocation particulière rendait l’exode des jeunes fréquent.

Depuis le virage, toutefois, les quelque 600 citoyens-élèves de Louis-Saint-Laurent ont mis sur pied un planétarium, un parc scolaire, une boutique, une classe-musée, un service d’intervention contre l’intimidation, des ligues sportives, une émission de télé, une radio, bref, «tout ce qu’on retrouve dans une ville normale.»

Et le tout dans un fort processus démocratique. «Ça permet que tout le monde puisse se sentir chez lui et ça nous forme aussi à devenir citoyens», confie Antoine Nicol.

«C’est effectivement un beau prétexte pour se questionner et s’ouvrir sur notre société moderne», ajoute le directeur de l’école, André Lachapelle.

Dans tout le débat sur l’identité sexuelle, par exemple, la direction n’a pas hésité à consulter ses élèves sur le sujet.

En résulte une des rares salles de bain «non genrées» dans une école secondaire québécoise.

«Ça a provoqué le débat, les élèves ont discuté et ils ont décidé de lancer le projet. C’est comme ça que l’on forme les citoyens de demain, aussi», estime le directeur qui se félicite de voir son milieu si «pluriel et inclusif».

Être fier de ses origines

Avec sa cité-école, la polyvalente d’East Angus a également réussi à créer un sentiment d’appartenance. Avec 600 élèves qui proviennent de 12 municipalités éparpillées dans les Hauts-Cantons, l’école devait trouver une façon de valoriser les villages.

Aujourd’hui, les conseillers municipaux de chacune des municipalités participent aux activités politiques de la cité-école.

«Souvent, tu t’engages dans l’enseignement pour la pédagogie, mais tu réalises en chemin que c’est l’aspect humain qui fait la plus grande différence. On a réussi à développer la fierté, et les jeunes sont fiers d’où ils viennent. Ça fait une différence dans les résultats en classe», fait remarquer Danny Di Stefano, enseignant de mathématiques.