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Fracturation hydraulique

Une étude montréalaise préoccupante pour la santé des femmes enceintes

Agence QMI

tendresse fraternelle

Frédéric Prochasson - stock.adobe.com

Une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal auprès de femmes enceintes vivant à proximité de sites d’exploitation de gaz naturel par fracturation hydraulique soulève plusieurs questions, selon les auteurs.

L’étude a été menée auprès de 29 femmes dans la région de Peace River Valley, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, et a permis de constater que ces femmes présentaient une concentration 3,5 fois plus élevée d’acide muconique, un biomarqueur du benzène, dans leur urine que la population canadienne.

Selon la chercheuse Élyse Caron-Beaudoin, qui a participé à l’étude, une exposition importante au benzène chez les femmes enceintes «est associée à des nouveau-nés de faible poids, à un risque accru de leucémie infantile et à une plus grande incidence de certaines malformations comme le spina bifida».

Cinq des femmes examinées dans le cadre de la recherche présentaient une concentration d’acide muconique telle que Mme Caron-Beaudoin dit avoir «dû aviser personnellement ces cinq femmes des résultats obtenus et communiquer avec leurs médecins traitants».

Selon les auteurs, il faut «absolument effectuer une étude de plus grande envergure avec des mesures additionnelles – dans l’air et dans l’eau potable par exemple – afin de confirmer ou d’infirmer les résultats de notre étude pilote».

En outre, les auteurs font remarquer que, parmi les 29 participantes de l’étude, 14 étaient autochtones et que «les résultats ont révélé que ces dernières avaient une concentration médiane d’acide muconique dans leurs urines 2,3 fois plus élevée que chez les femmes non autochtones de l’étude et 6 fois plus élevée que chez les femmes de la population canadienne». Une étude avec un échantillonnage plus large est nécessaire pour vérifier si cette différence est réellement significative, soulignent les chercheurs.

«Cela soulève la question du concept de "racisme environnemental", qui est de plus en plus évoqué par plusieurs chercheurs dans le domaine de la santé publique, disent les chercheurs. Le racisme environnemental se définit comme une forme de discrimination, intentionnelle ou non, dans l’application des lois et règles environnementales, ce qui favorise de façon disproportionnée l’implantation d’installations pouvant porter préjudice à la santé humaine dans des zones où vivent des minorités culturelles et des communautés à faible revenu.»

Les chercheurs de l’Université de Montréal se demandent, entre autres, pourquoi aucun effort de surveillance biologique n’a été fait dans le nord-est de la Colombie-Britannique où l’exploitation du gaz naturel par fracturation hydraulique est soutenue, malgré qu’il soit connu que l’air et l’eau sont affectés par des composés organiques volatils à proximité des puits de gaz naturel. Et pourquoi «ce sont des scientifiques québécois qui ont mené cette première étude d’impact sur un potentiel problème de santé publique concernant surtout l’ouest du pays».

L’étude a été financée par l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal et par la West Moberly First Nations de la Colombie-Britannique. Les prélèvements d’échantillons d’urine ont été faits de septembre à novembre 2016 et l’article scientifique sur les résultats a été publié la semaine dernière dans la revue «Environment International».