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Deux autres infectés

Deux patients de l'Institut de cardiologie tués par une bactérie

Harold Gagné | TVA Nouvelles

Une bactérie détectée dans un générateur thermique utilisé en salle d'opération et fabriqué en Allemagne avait infecté des patients opérés entre mars et avril 2015 à l'Institut de cardiologie de Montréal, dévoilait TVA Nouvelles il y a un an.

À ce jour, quatre personnes ont été touchées et deux d’entre elles en sont mortes, a appris TVA Nouvelles.

Une des victimes avait 77 ans. Claudette Chevrier est décédée le 28 août dernier. Sa fille, Lynda Franks a choisi de parler publiquement afin que cela ne se reproduise pas. «En décembre 2016, ma mère a commencé à avoir de la fièvre», dit-elle.

 

Mme Chevrier a été opérée à l'Institut de cardiologie de Montréal en mars 2015. Son état de santé s'est dégradé un an après l'intervention. Comme 8000 patients de l'Institut et 23 000 de sept autres hôpitaux au Québec, elle a reçu une lettre à l'automne 2016 l'avisant qu'elle pourrait peut-être avoir été infectée par une bactérie.

Elle s'est rendue aux urgences de l'Hôpital Charles-Lemoyne en janvier 2017. «On l'a retournée à la maison en disant qu'on ne pouvait rien détecter, que c'était peut-être un virus, affirme sa fille, même si la possibilité d'une infection était connue du monde médical.»

Mme Chevrier s'est alors tournée vers l'Institut de cardiologie. «Elle a téléphoné une première fois et s'est fait répondre: madame, vous n'avez pas tous les symptômes. On ne peut pas vérifier tout le monde. Ça coûte cher le test.» Elle faisait de la fièvre, était faible, mais n'avait pas de douleurs musculaires.

Capture d'écran TVA Nouvelles

Elle a insisté et en mars dernier, les tests de laboratoires, dont les résultats ne sont pas disponibles avant six semaines, ont démontré qu'elle était infectée par une bactérie qui s'est logée dans un appareil lors de sa fabrication en Allemagne. Il s'agit d'un générateur thermique utilisé en salle d'opération pour la circulation sanguine extracorporelle.

«Il y a un réservoir d'eau dans lequel il y avait une accumulation de ces microbactéries qui étaient ensuite transportées dans l'air de la salle d'opération et pouvaient se retrouver dans les plaies», explique le Dr Louis Perreault, chef du département de chirurgie de l'Institut de cardiologie.

«Vous allez mourir»

Mme Chevrier a été diagnostiquée trop tard. «La médication lui nuisait. Elle détruisait ses organes», raconte Lynda Franks. «Ma mère a dit: "si on arrête la médication, est-ce que ça signifie que je vais mourir?" Ils ont dit oui, vous allez mourir.»

Au total, quatre patients ont été infectés dans la même salle de l'Institut de cardiologie entre mars et avril 2015. «De ce nombre, deux sont décédés, confirme le Dr Perreault. Lorsque l'infection n'a pas été diagnostiquée de façon précoce, on rapporte un taux de décès de 50%.»

On ne connaît pas le nombre de décès dans le monde. Au Canada un autre cas a été rapporté en Alberta, des centaines aux États-Unis de même qu’en Europe.

Les appareils ont été remplacés. Les nouveaux sont surveillés de très près. Mais l'infection peut apparaître jusqu'à cinq ans après l'intervention.

«Il semble qu'il y ait eu un problème de sécurité au niveau de la fabrication de l'appareil, explique l'avocat des victimes, Me Jean-Pierre Ménard. On a mal fait une procédure de désinfection.»

Il va bientôt déposer une poursuite contre le fabricant au nom des victimes comme Marie-Claude Corbin, âgée de 44 ans. «Je sens mon énergie qui s'en va graduellement.»

Infectée à l'Institut, elle vient de passer trois mois à l'hôpital et a perdu l'ouïe à cause des médicaments.

«Je vis dans le néant parce que les médecins ne savent pas comment guérir. Ils ne savent pas ce qui va arriver.»

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