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Théâtre

«L’Iliade»: un pari audacieux très réussi

Emmanuel Martinez | Agence QMI

 - Agence QMI

Il est hasardeux de vouloir revisiter des classiques comme L’Iliade d’Homère, mais le défi que s’est lancé le metteur en scène Marc Beaupré au Théâtre Denise-Pelletier de Montréal a été relevé avec brio.

Arrimant à merveille des mots puissants avec de la chanson et de la musique moderne, et même un brin industrielle, cette pièce réussit à rendre captivante la mort annoncée des Achille, Hector et autres héros de la guerre de Troie.

«Le but est de raconter le conflit dans lequel des hommes s’entretuent, mais ce qu’on voit sur scène, c’est exactement le contraire; des hommes qui s’assemblent pour mieux raconter la guerre», a expliqué par communiqué le metteur en scène Marc Beaupré, qui s’est fait connaître du grand public comme comédien en jouant le jeune vilain dans la série Deux Frères à TVA de 1999 à 2001.

Élément central et incontournable de cette production, l’habillage sonore et musical lui donne du rythme et une originalité certaine. Que ce soit par les instruments joués sur scène, les sons préenregistrés et les paroles chantées, la direction musicale du spectacle, assurée par Stéfan Boucher, apporte un ton singulier et moderne qui renforce le récit au lieu de le masquer.

«Nous ne créons pas un spectacle rap, un spectacle de rock ou un spectacle musical avec L’Iliade. On emprunte certains codes scéniques à ces styles et la principale motivation ce n’est pas de faire du rap, mais bien de chercher à réinventer la langue», a précisé Marc Beaupré.

Le choix de mettre la console technique devant au centre, entre la scène et les spectateurs, pouvait sembler a priori bizarre. Mais on comprend ensuite qu’elle fait partie intégrante de l’œuvre, car Stéfan Boucher n’y reste pas longtemps assis, lui qui se lève pour jouer le chef d’orchestre dirigeant le cœur d’acteur ou qui enfile sa guitare électrique en bandoulière afin d’en arracher des sons d’ambiance.

Les neuf autres comédiens sont solides, eux qui passent de la parole à la chanson avec aisance.

Avec des tableaux qui s’enchaînent de manière fluide et d’une façon compréhensible, Marc Beaupré a fait le bon choix en se basant sur la version de «L’Iliade» proposée par le grand écrivain italien Alessandro Baricco, qui s’était éloigné de l'originale en éliminant les jeux de coulisses des dieux et amenant les principaux personnages à prendre la parole comme narrateur. Cette Iliade est donc idéale pour ceux qui veulent découvrir ou revoir d’un autre œil cette épopée de la Grèce antique.

Jusqu’au 6 décembre au Théâtre Denise-Pelletier de Montréal