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Chantier du nouveau pont Champlain

Inquiétudes pour la sécurité des travailleurs

Maxime Landry et Hugo Joncas | TVA Nouvelles et Bureau d'enquête

La course contre la montre pour finir le nouveau pont Champlain fait monter la pression sur le chantier et nos sources s’inquiètent pour la sécurité des travailleurs.

En début d'après-midi mardi, le ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, a convoqué une réunion d'urgence à propos du chantier du nouveau pont Champlain. Le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) a été convié.

 

Une opération de levage «improvisée» a d’ailleurs failli virer à la catastrophe, il y a deux semaines.

Le 16 novembre, à 3h30 du matin, un grutier devait redescendre au sol un support horizontal installé entre deux piliers du futur pont.

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Au départ, l’opération planifiée devait se faire à deux grues, mais elle aurait alors nécessité un plan de «levage», approuvé par des ingénieurs, ce qui aurait exigé plus de temps.

La direction a donc décidé de procéder avec une seule grue. Selon un plan préliminaire, la pièce pesait 13 tonnes. Dans les faits, sa masse était de près de 20 tonnes !

 

Résultat : la charge a fait basculer la grue. Ses appuis au sol se sont soulevés de 40 centimètres. En haut, le support s’est accoté sur un échafaudage.

«Improvisation»

Dans son rapport sur l’événement, l’inspecteur de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail estime que « l’improvisation des opérations de levage a directement contribué à l’accident ».

«On a été chanceux. Très chanceux. Ç’a été le bordel. Ç’a pris une journée et demie avant de tout sécuriser», indique une source impliquée dans l’incident.

Deux jours plus tard, le matin du 18 novembre, une grue de 900 tonnes embarquée sur une barge soulevait une poutre caisson quand un câble assurant la stabilité de la pièce a cédé. La poutre a tourné sur elle-même et percuté le mât de la grue.

Plusieurs sources assurent que les délais trop serrés augmentent le risque que surviennent de tels accidents.

«Je pense qu’ils sont en mode panique. L’échéancier, c’est juste pas raisonnable. C’est trop agressif. Il manque un an», dit un ingénieur impliqué depuis le début.

«Essai et erreur»

Pour une troisième source, chargée de superviser la construction du pont pendant des mois, la direction fait dans l’improvisation. «Côté ingénierie, c’est essai et erreur, dit-elle. En espérant qu’il n’arrivera pas d’incident majeur pour les travailleurs.»

 À Ottawa, l’opposition s’inquiète. «On veut être optimistes, mais l’échéancier était ambitieux dès le départ et là, ça commence à frôler l’impossible, dit le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’infrastructures, Matthew Dubé. Mais l’échéancier m’importe moins que la qualité. Les gens veulent un pont qui ne deviendra pas un nouveau Stade olympique.»

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