/news/politics

Révélations de notre Bureau d'enquête

Ottawa plus frileux à garantir le nouveau pont Champlain pour 2018

Guillaume St-Pierre | Agence QMI

Le gouvernement fédéral n’ose pas garantir que le nouveau pont Champlain sera livré à temps pour décembre prochain après les révélations de notre Bureau d’enquête voulant que le chantier soit bourré de pièces défectueuses.

Pressé de questions à savoir si l’échéancier fixé en 2014 tient toujours, le ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, s’est borné à dire qu’il est «très confiant» que le pont sera inauguré «en temps opportun», sans plus.

C’est la première fois qu’Ottawa laisse planer autant de doute sur le respect des délais.

Quelques heures plus tôt, le député libéral Marc Miller avait pourtant promis qu’un pont «de qualité» serait livré «en décembre 2018», comme le prévoit le contrat.

Notre Bureau d’enquête révélait hier matin que le chantier du nouveau pont Champlain souffre de nombreux défauts. Les ouvriers ont jusqu’à présent effectué plus de 2000 réparations sur des pièces maîtresses de sa structure.

Selon le consortium, ce sont même 2500 cas de non-conformité qui ont été identifiés sur le projet, dont 74% ont été réglés à ce jour.

M. Sohi soutient que cette situation est normale, compte tenu de l’envergure du projet. Typiquement, les pièces sont assemblées en usine avant d’être transportées sur le chantier. Mais dans le cas du pont Champlain, tous les morceaux sont assemblés et «modifiés» sur place au besoin, a-t-il soutenu.

PHOTOS MAXIME LANDRY ET COURTOISIE

«Je peux vous assurer que tous les défauts des pièces sont corrigés avant l’assemblage», a ajouté le ministre originaire d’Edmonton.

Quant aux dépassements de coûts éventuels causés par ces pépins, ils seraient entièrement assumés par le consortium responsable de la construction, a assuré M. Sohi.

Retards

Ottawa a reconnu en octobre que le chantier avait pris du retard à cause des grèves des travailleurs de la construction et des ingénieurs de l’État l’été dernier. Infrastructure Canada prévoyait malgré tout à l’époque le respect de l’échéancier pour le nouveau lien entre Montréal et la Rive-Sud. Mais cette promesse ne tient plus.

«Nous sommes persuadés que nous pourrons construire ce pont en temps voulu», a insisté M. Sohi, sans en dire plus.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la coordination du Groupe Signature sur le Saint-Laurent (SSSL), Daniel Genest, maintient l’objectif du consortium.

«C’est clair qu’on vise à terminer en décembre 2018, dit-il. On n’est pas en retard.»

Le patron du chantier convient toutefois que pour y arriver, le consortium devra mettre les bouchées doubles.

«Il y a une énorme pression sur l’échéancier, de là la stratégie d’accélération, dit-il. Est-ce que l’année 2018 va être facile ? Absolument pas.»

Quoi qu’il en soit, Ottawa envisageait déjà à l’automne la possibilité de prolonger la durée de vie du pont Champlain actuel, en raison de retards sur l’échéancier de la nouvelle structure. Si tel était le cas, les contribuables en serait quitte pour une facture de 200 millions $ pour maintenir en état le vieux pont un an de plus.

Le consortium aussi aurait à payer en cas de délais. Le contrat avec Ottawa prévoit une amende de 100 000 $ par jour de retard, jusqu’à concurrence de 150 M$.

À toute épreuve

Notre Bureau d’enquête a obtenu des dizaines de rapports d’experts qui démontrent que de nombreuses pièces — surtout celles importées d’Espagne —comportent une foule de défaillances. Les exemples pleuvent, comme des soudures incomplètes, des plaques de métal fissurées ou poreuses ou encore des boulons non conformes.

Le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau, assure que la structure sera malgré tout à toute épreuve et durable.

«Le pont qui va être bâti va être très sécuritaire, parce que toutes les pièces sont inspectées. Et dans les cas de non-conformité, les pièces sont réparées ou rejetées», a-t-il souligné.

Dans la même catégorie