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Sécurité des travailleurs

Une rencontre d’urgence sur le pont Champlain

Hugo Joncas | Bureau d'enquête

Le ministre des Infrastructures a convoqué une réunion d’urgence avec le principal syndicat présent sur le chantier du nouveau pont Champlain pour faire le point sur les travaux, son échéancier et la sécurité des travailleurs.

«Le ministre a appris des choses après avoir lu et écouté le reportage du Bureau d’enquête et de TVA Nouvelles», dit l’attachée de presse d’Amarjeet Sohi, à Ottawa.

Dans les prochains jours, le ministre a l’intention de rencontrer le président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), qui représente la majorité des 900 travailleurs présents sur le chantier du nouveau pont Champlain.

 

Le consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSSL), responsable de la construction et de l’exploitation de l’infrastructure pendant 30 ans, sera vraisemblablement présent à cette rencontre également.

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Cette annonce survient alors que l’International vient tout juste d’envoyer une lettre au ministre pour réclamer une telle rencontre. La centrale syndicale salue la rapidité d’action du ministre.

«Nous avions fait une demande de rencontre urgente aux ministres (des Transports) Marc Garneau et Amarjeet Sohi pour trouver une solution en mode collaboratif, dit le président de l’International, Michel Trépanier. Il faut mener le projet à bon port dans des délais raisonnables et dans de bonnes conditions, côté santé et sécurité.»

Selon lui, l’échéancier actuel est «déraisonnable» et représente «un gros problème pour les travailleurs». Le syndicaliste croit que le gouvernement fédéral devra sans doute revoir la date de livraison prévue du pont, le 1er décembre 2018.

 

La lettre de l’International au ministre affirme que «plusieurs procédures sembleraient être accélérées afin d’avancer les travaux», en raison de «délais de construction très courts».

«Il y a une pression indue pour entrer dans les paramètres, dit Michel Trépanier. Des fois, oui, il y a du monde qui peut tourner les coins ronds en santé et sécurité.»

Notre Bureau d’enquête rapportait mardi deux accidents de grue survenus en novembre. Dans un des deux cas, une mauvaise information a circulé sur la masse d’une charge à lever, qui faisait près de 20 tonnes, et non 13 tonnes, comme le mentionnait un plan préliminaire.

Sans demander de plan de levage précis, la direction a décidé d’utiliser une seule grue au lieu des deux qui auraient été nécessaires. Mauvaise idée : la machine a levé de 40 centimètres et le support horizontal qu’elle devait redescendre a percuté un échafaudage.

Selon un rapport de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail, l’opération a été «improvisée» et l’organisme a imposé une inspection de la grue.

«En temps opportun»

Hier, le ministre Sohi n’a pas pu garantir que le nouveau pont Champlain serait bel et bien livré à la date prévue, après 42 mois de chantier.

Pressé de questions sur l’échéancier, le ministre s’est borné à dire que le pont sera inauguré «en temps opportun», sans plus.

Notre bureau d’enquête révélait lundi que le chantier du nouveau pont Champlain souffre de nombreux défauts sur les énormes pièces qui composent sa structure. Les ouvriers ont jusqu’à présent effectué plus de 2000 réparations sur des pièces maîtresses provenant de la firme Tecade, en Espagne.

Selon le consortium, 2500 cas de non-conformité ont été identifiés sur le projet, dont 74% ont été réglés à ce jour.

Ces réparations prennent du temps, et sur place, peu de travailleurs croient que le chantier sera terminé à temps.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la coordination de la construction à SSSL, Daniel Genest, maintient l’objectif du consortium.

«C’est clair qu’on vise à terminer en décembre 2018, dit-il. On n’est pas en retard.»

Le patron du chantier convient toutefois que pour y arriver, le consortium devra mettre les bouchées doubles.

«Il y a une énorme pression sur l’échéancier, de là la stratégie d’accélération, dit-il. Est-ce que l’année 2018 va être facile ? Absolument pas.»

Le consortium aurait à payer des frais en cas de délais. Le contrat avec Ottawa prévoit une amende de 100 000 $ par jour de retard la première semaine, puis 400 000 $ par jour, jusqu’à concurrence de 150 M$.

- Avec Guillaume St-Pierre, Bureau parlementaire à Ottawa

 

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