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Réparation avec du «tape»

Un camionneur prédit sa mort à sa conjointe

Nicolas Saillant

 - Agence QMI

Nicolas Saillant

« Si je ne suis pas à la maison à 5 h 30, c’est parce que je vais être mort ».

C’est ainsi que c’est terminé la dernière conversation téléphonique entre Albert Paradis, mort dans un accident de camion en août 2012 au parc éolien de la Première seigneurie et sa conjointe, Sylvie Dionne.

À peine quelques instants avant sa mort, alors qu’il se trouvait au haut de la funeste côte, Albert Paradis a répété à sa conjointe qu’il n’avait plus de frein et que ses plaintes de la veille à son employeur n’avaient rien donné.

S’étant plaint d’un manque de frein, la victime a informé sa conjointe lors de leur appel quotidien vers 14 h 45 que le mécanicien avait seulement réparé le boyau à pression des freins «avec du "tape"». Sentant son conjoint des 25 dernières années découragé, elle lui a alors dit qu’elle l’aimait.

«Tu vas être la dernière personne à me le dire», a alors lancé le camionneur avant de mettre un terme à l’appel et de se lancer dans la descente mortelle. Tant sa femme que son fils ont affirmé en cour avoir entendu Albert Paradis se plaindre quotidiennement de l’état lamentable de son camion.

Camion dangereux

Un contremaître toujours à l’emploi de la compagnie CFG construction a quant à lui rendu un témoignage réservé. Affirmant que la victime «aimait beaucoup son "truck"», Maximilien Guilloux n’avait pas donné suite aux plaintes de M. Paradis quant à l’état de son camion. Ce dernier lui aurait seulement dit, «si y’arrivait quelque chose, saute en bas du "truck"».

À l’inverse, un mécanicien à l’emploi de CFG pendant seulement cinq semaines avant qu’il ne quitte l’entreprise estimant la machinerie en trop mauvais état, est venu raconter son expérience lorsqu’il a conduit le camion porte-conteneurs de la victime. «La seule chose que les freins faisaient, c’est de ralentir le camion, pas de l’arrêter», indique celui qui a refusé de reprendre le volant de ce camion.

John Burke avait pourtant réparé les freins deux semaines avant le drame. Il s’était cependant fait refuser de changer les plaques de freins même si elles étaient «souillées d’huile».

Une manœuvre qu’il a fait à la demande de son patron après avoir dénoncé cette façon de faire.