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Théâtre du Trident

Amende de 682$ pour avoir fumé sur scène

Yves Leclerc - Agence QMI

Le Théâtre du Trident vient de recevoir une amende de 682 $ parce qu’une comédienne a fumé une fausse cigarette lors des représentations de la pièce Le Cas Joé Ferguson. Un constat d’infraction qui amènera nécessairement une réflexion sur le sujet.

Il n’est pas rare, dans une saison de théâtre, de voir des comédiens griller ce qu’on appelle, dans le milieu, des cigarettes de théâtre, des produits sans tabac, sans nicotine, sans goudron et à base d’herbes.

Le Trident a appris que cette façon de faire contrevenait à la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. Il est tout d’abord interdit de fumer dans un lieu public et la Loi précise que cela touche aussi la cigarette électronique et tout autre dispositif de cette nature que l’on porte à la bouche pour inhaler toute substance contenant ou non de la nicotine.

Deux agents du ministère de la Santé et des Services sociaux se sont présentés à la salle Octave-Crémazie, le 23 novembre, à la suite d’une plainte déposée par un spectateur asthmatique.

Ils se sont rendus dans les coulisses, après la représentation, pour aviser les comédiens et le Trident recevait, le lendemain, un constat d’infraction de 682 $.

« On a trouvé la façon de faire un peu choquante. On aurait aimé recevoir un appel des gens du ministère afin de pouvoir discuter de la situation », a indiqué Marc-Antoine Malo, codirecteur général et directeur administratif du Trident, lors d’un entretien.

Il croit qu’il devrait y avoir une exception, une certaine souplesse et une sorte de compromis. « On ne devrait jamais se questionner au théâtre si on a le droit ou non de faire quelque chose. C’est fictif », a-t-il fait remarquer.

Marc-Antoine Malo ne se voit pas aller demander à un metteur en scène de ne pas faire ça, si la chose est nécessaire. Ce choix, fait par l’auteure Isabelle Hubert, avait pour objectif d’illustrer l’anxiété qui habitait un personnage.

Zone grise

Une situation qui ne se produira pas dans les trois dernières pièces de la saison du Trident, où l’on ne retrouve pas de personnages qui fument.

Marie-Claude Lacasse, relationniste au ministère de la Santé et des Services sociaux, précise que seule une cigarette-jouet, qui n’émet pas de fumée, est tolérée par la Loi.

Elle mentionne que la présence d’une affiche, d’un message, avant la pièce, ou d’une indication dans le programme, comme on le fait, lorsqu’il y a des coups de feu ou des effets stroboscopiques, ne donne pas plus le droit de transgresser la Loi.

Directeur général et artistique du théâtre Premier Acte, Marc Gourdeau s’interroge sur les impacts et toute la zone grise entourant cette amende émise à l’endroit du Trident.

« Est-ce qu’on interdit de fumer sur scène pour une question de santé publique, pour ne pas qu’un autre comédien ou les spectateurs soient exposés à la fumée secondaire ? Si c’est le cas, ça ne tient pas la route, parce que ce n’est pas réellement de la fumée secondaire. Ce n’est pas plus nocif que de brûler de l’encens ou reproduire un feu de camp dans un spectacle. Si on ne veut pas voir fumer sur scène à cause de l’image que ça projette et de banalisation de l’usage du tabac, c’est purement et simplement de la censure », a-t-il dit.

Marc-Antoine Malo, qui n’a pas souvenir d’une infraction semblable au Trident, est conscient que la Loi concernant la lutte contre le tabagisme est très stricte et ne croit pas vouloir entrer dans un processus de contestation.