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Conditions difficiles

Femme en situation d’itinérance: vivre dans l'invisibilité

Nadia Lemieux

 - Agence QMI

Nadia Lemieux - Agence QMI

Violence physique et psychologique, abus sexuels et sentiment d’invisibilité. Les conditions sont loin d’être roses pour les femmes qui vivent en situation d’itinérance.

«Crack, injections, alcool, prostitution, vols, tout ce que tu veux, j’ai été pas mal là-dedans», a lancé Lysette Perron, qui s’est retrouvée dans la rue en 2005 après une thérapie ratée.

Sortie de la rue depuis 2007, elle participe depuis deux ans à une recherche sur l’itinérance au féminin menée par Céline Bellot, directrice de l’École de travail social de l’Université de Montréal. Ce travail de recherche a pour but de combler un vide dans la façon de comprendre l’itinérance, laquelle est souvent ciblée sur l’expérience des hommes, au détriment de celle des femmes.

Le verdict de la recherche? Les femmes itinérantes se sentent invisibles, explique Mme Bellot. Cette invisibilité est souvent utilisée comme mode de protection, faute de meilleure option.

La sécurité se fait rare chez les femmes de la rue qui font face à de la violence en tout genre. «Pour les femmes, la rue c’est un danger. Elles se font battre, se font violer et se font assassiner», a dit Mme Perron, qui s’est elle-même fait pousser en bas d’un escalier par un homme. Aujourd’hui encore, les dommages faits à son poignet se font ressentir.

À ses côtés, son amie Chantal Rail, elle aussi participante à la recherche, précise que beaucoup de femmes itinérantes recherchent la protection d’hommes. « Il y en a qui sont obligées de faire dodo avec des itinérants pour qu’il n’y ait pas d’autres personnes qui leur fassent du mal», a-t-elle indiqué.

Quelques années ont passé depuis qu’elle est sortie de la rue. Elle vit maintenant confortablement avec son chat dans un petit studio.

Préjugés

«Le pire, c’est le regard des gens. On est vues comme des poubelles, des déchets humains», s’est attristé Lysette Perron.

Mme Rail ajoute que les préjugés sont lourds de conséquences. «Se péter la gueule, boire une caisse de 24, fumer trois à quatre petits joints, ‘’sniffer’’ toutes les lignes que tu peux pogner. Parce que tu veux plus le voir ce regard-là et d’un coup que t’es "ben gelé"’, tu le vois plus», a-t-elle dit.

Pour Céline Bellot, ces femmes, victimes de préjugés, éviteront souvent d’aller cherche de l’aide.

«Malgré tout leur vécu, celles qui sont victimes de violence n’arrivent pas à accéder aux services habituels comme les CALACS ou à porter plainte à la police. Oublions ça. C’est en mode survie», a indiqué Mme Bellot.

En plus des préjugés, le manque de ressources est criant pour venir en aide à ces femmes, selon elle.

«L’attribution des ressources se fait à partir de dénombrements et d’images de la rue, donc forcément, les femmes sont perdantes parce qu’on va estimer qu’il y a 20 % de femmes et 80 % d’hommes et on va toujours donner en fonction de ces taux», a mentionné Mme Bellot.

Des données témoignent pourtant que 25 % à 40 % de la population itinérante sont des femmes.